[Critique] « On a failli être amies » d’Anne Le Ny

19 juil

 

 

Actrices hors champs

Actrices hors-champ.

 

 Parce que l’exigence, ici du travail bien fait, n’est pas une valeur de droite, parce que des gens pas forcément très riches mais plutôt aisés vivent aussi des histoires d’amour et que le regard tendre d’une cinéaste peut se poser sur eux comme sur d’autres, parce que le charme discret de la bourgeoisie est montré sans s’en moquer et parce qu’Emmanuelle Devos et Karin Viard sont deux belles actrices. Voilà déjà plusieurs raisons qui peuvent vous pousser à aller voir ce film.

 Il y en a plusieurs autres : les personnages ne sont ni tout le temps gentils ni tout le temps méchants, ils ont des humeurs et des désirs et essaient de se manipuler afin de les assouvir, mais ils ne sont pas experts alors ça tombe à plat. Peut-être que les spectateurs qui avaient vu les précédents films d’Anne Le Ny et qui s’attendaient à une noirceur, voire une méchanceté rigolote, seront déçus, les personnages sont ici créés dans une plus grande nuance. Karin Viard incarne une classe populaire débrouillarde, gaie, libre mais presque seule. Elle est amie avec un couple dont l’homme est son ex et elle a malgré tout une relation neuve avec lui, « moderne » sans doute. Elle accueille dans une association pour la formation professionnelle et, au-delà de son rôle, elle s’applique à donner confiance autour d’elle. Elle se satisfait de son métier et elle ne voit pas en quoi sa vie serait à un quelconque carrefour.

 C’est le personnage d’Emmanuelle Devos qui lui met la puce à l’oreille. Cette femme également libre mais trop entourée est en proie au doute et vient faire la démarche de s’ouvrir aux autres en rejoignant cette association, un appel à l’aide par le bas diraient certains. La confiance aurait pu s’installer entre les deux femmes, au lieu de quoi se façonne tout au plus un marivaudage. Par moments, à l’instar du toit du nouveau restaurant en pleine ville, on se demande si la charpente du film va tenir le coup. Puis, par petites touches, les actrices liées par Roschdy Zem deviennent attachantes, et ce même si les liens entre les scènes ne se font pas toujours. Parlons à ce propos de maladresses incroyables dans le montage : comme pour discréditer ses dialogues ou ses blagues, Anne Le Ny coupe souvent court à une scène ou la prolonge jusqu’au mauvais moment, appuie trop sa vanne.

 Enfin, on peut constater que les personnages masculins sont aussi très bien brossés : ils sont capables d’amour, ils ne sont pas tous menteurs, ce qui n’est pourtant pas à la mode. Anne Le Ny a peut-être de l’amour à donner et à recevoir, ce qui pour une cinéaste est primordial, et qui peut apparaître comme de la naïveté, mais ça ne l’empêche pas de placer sa touche de féminisme en faisant remarquer que les serveuses anorexiques de vingt-cinq ans ne sont pas forcément les meilleures conseillères en matière de nutrition. Et puis, pour les aveugles, les deux actrices, leur corps et leurs espoirs, sont les plus belles preuves de féminité.

 Au final, un bon film sans grosse surprise. Une douceur nous enveloppe, que certains appellent torpeur ou comédie bourgeoise – termes que personne n’emploie pour le génial Woody Allen bien sûr. Fait d’hésitations, ce qui n’est pas condamnable, le film est la cible facile de révolutionnaires de canapé qui lui reprochent le manque de représentation du monde actuel : n’en déplaise à certains, Roschdy Zem est chef étoilé, il n’est pas question de filles sexy à tout bout de champ et la gentillesse reste encore une qualité, mais pour combien de temps ?

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