[Critique] « Xenia » de Pános H. Koútras

10 juil

 

ça tient pas à grand chose l'hospitalité...

Ça ne tient pas à grand chose l’hospitalité.

 

 Le gros lapin n’est pas un gros lapin, d’ailleurs, croire que c’est un lapin, c’est s’en faire poser un. Non, il est bien plus que ça, il est le torse, les poils, la virilité, le meilleur ami qui n’existe pas. Il est le rêve, ou plutôt le virtuel comme ils disent, il est le réconfort et l’innocence. Il prend vie quand on en a besoin et s’il prend trop de place, il disparaît pour que l’on entre dans l’âge adulte. Vous ne comprenez pas ? Tant mieux.

 Pános H. Koútras, comme dans L’attaque de la moussaka géante, fresque impossible à prendre au premier degré censée tourner en dérision l’invasion barbare dont serait victime l’Europe, utilise l’exagération comme moteur du rire. Ça peut passer pour un manque de finesse et c’en est peut-être un mais peu importe, la Grèce est dans les Balkans avant même d’être dans l’Europe. Tout est très direct et sans complaisance envers ce pays. La violence appelle la tendresse, l’imbécillité l’indulgence et les otages ne sont pas ceux que l’on croit.

 Pános H. Koútras indique le mal, il le désigne du bout du doigt sans non plus lever le bras trop haut, il s’attache à nous montrer qu’un dangereux bond en arrière s’est opéré, Hellas, et qu’être patriote n’est pas anodin de nos jours, car c’est appliquer logiquement une préférence nationale dans un lieu en pleine crise de croissance, donc d’identité. Les papiers d’identité, voilà une des quêtes de nos deux adultes précoces, albano-grecs ayant grandi en Crète, qui vont sillonner la Grèce, tenant des chanteuses italiennes des années soixante-dix pour idoles. L’un des deux ne cache pas son homosexualité et l’on peut alors constater qu’ici c’est pire que d’être à moitié étranger. En passant, Athènes et Thessalonique sont filmées de cette façon pas du tout touristique, par un grec qui ne veut pas que son film fasse un effet carte postale. Aucun monument dans le champ et pas de symbolisme lourd, ce qui ajoute au réalisme.

 Anatole France créa le mot xénophobie, la peur de l’étranger. Aujourd’hui, l’hospitalité (xenia) est mise entre parenthèses. Et pour Pános H. Koútras, les candidats d’extrême droite qui vivent dans de grandes villas semblent incarner le dernier espoir pour les agressifs. Xenia tire sa force du traitement léger des choses graves, de sa naïveté : les balles tirées sont irréelles et ne font que blesser. Rien ne peut atteindre Dany et Odysseas, ils étaient déjà morts étant petits, meurtris, abandonnés par leur père et leur nation d’adoption.

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