[Critique] « Bird people » de Pascale Ferran

26 juin

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C’est le risque quand on voit ça.

 

 Le saviez-vous ? Un oiseau, c’est libre et ça vole. Il y a des gens qui dorment dans leur voiture parce qu’ils n’ont pas de quoi se payer un logement. Le saviez-vous ? Il y a des américains qui voyagent si souvent en business class qu’ils en négligent leur vie de famille et finissent par en être stressés. Mais ce n’est pas tout : le saviez-vous ? Les japonais ont un rapport à la nature si pur et si direct, contrairement à nous, pauvres français coincés dans nos égoïsmes, qu’ils dialoguent naturellement avec les oiseaux.

 C’est, entre autres, ce que vous apprendrez dans un énième film métaphorique à l’usure, réalisé cette fois par une parisienne privilégiée qui ose dénoncer le capitalisme outrancier, le déficit d’humanité en milieu urbain et, leçon ultime, le manque de considération envers nos amis les bêtes.

 Imaginez un peu un film qui serait construit, pensé et réalisé afin d’être le plus conforme possible à un critique de cinéma qui aurait déclaré : « Il  y a quelque chose de non-identifiable et de beau, comme un retour à nos racines, et un je-ne-sais-quoi d’innocence retrouvée dans le fait de voir les paysages, l’aéroport et Paris d’en haut ». En voilà le résultat.

 Tout y passe, une sorte de pot-très-pourri d’idées de cinéastes qui se réunissent trop souvent, à l’image de nos politiques qui n’ont plus de lien avec la réalité et qui vivent entre eux : la voix off de Mathieu Amalric qui n’intervient qu’à un seul moment du film (comme une private joke), l’idée que l’herbe est forcément plus verte ailleurs (surtout dans les pays que l’imaginaire collectif s’accorde à lier à l’exotisme, concept stupide par excellence), l’utilisation de moyens de communication modernes pour les plus de soixante ans ou les attardés (ici Skype) afin que le cœur de cible vieillot puisse se rendre compte qu’une relation réelle peut s’arrêter par écrans interposés. Là encore, la vieille rengaine dominante et confortable est qu’Internet nous éloigne les uns des autres, nous déshumanise. Ainsi, on serait plus nul si l’on quitte sa femme par webcam que si l’on annonce la rupture au téléphone. C’est fort non ?

 Le plus désarmant dans tout ça n’est pas l’enchaînement d’idées ayant vingt ans de retard mais la mise en scène. La rupture par Skype dure une vingtaine de minutes, elle est larmoyante et faite de dialogues insipides. Anaïs Demoustier ne joue pas vraiment dans le film : elle est rare comme si l’on ne s’intéressait pas à sa condition de femme de chambre autrement que de par des idées reçues : des patrons peu humains, des horaires impossibles et des études en stand-by.

 Il ne faut pas révéler ici l’affreux clou rouillé du spectacle mais sachez qu’il y a dans ce film un passage saugrenu, très raté, né d’un esprit banalement original, qui se prolonge lui aussi. Une médiocrité qui met la liberté dans une toute petite case, comme un oiseau en cage, un oiseau qui s’envolerait en criant « Wouhou… Batman ! ».

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