[Critique] « Pas son genre » de Lucas Belvaux

15 juin

 

Ca vous va bien mes mains dans vos cheveux...

« Ça vous va bien mes mains dans vos cheveux ».

 

 Lucas Belvaux, c’est plutôt mon genre de cinéma. De ses premiers films très sociaux à 38 témoins, plus soigné mais essentiel, il propose un point de vue sans être lourd, sans l’imposer. Il a quelque chose de différent, de reconnaissable, comme s’il essayait de nous montrer une idée principale dans une scène puis de la recouvrir d’un léger voile dans la suivante. La nuance intelligente est palpable, Belvaux ferait un bon diplomate, lui qui est déjà un bel ambassadeur du cinéma belge dans le monde.

 La mise en place est élégante, comme l’acteur de la Comédie-Française choisi pour incarner l’homme : Loïc Corbery. Dès l’arrivée à l’écran de la femme, Émilie Dequenne, et à chaque fois qu’elle paraît, la vie est de mise. Vous l’aurez compris, il s’agit d’une histoire d’amour, autant entre la ville et la province, la culture et la simplicité, qu’entre deux êtres. Les seconds rôles féminins sont eux aussi bien choisis : Amira Casar, dont le visage est projeté dans une soirée parisienne, et Anne Coesens, en professeure érudite et fan de l’écrivain de la capitale, sont admirables.

 On pouvait craindre, à la vue de la bande-annonce ou à la lecture du synopsis, une leçon de morale, ou tout du moins une manière conventionnelle de juger les bobos d’un côté, et de surfer ainsi sur cette vague populiste qui les pose en boucs émissaires parfaits, et les naïfs provinciaux de l’autre, mais il n’en est rien. La tendresse du regard que le réalisateur porte sur les deux milieux et l’énergie d’Émilie Dequenne emportent tout sur leur passage, notamment nos suffrages. Elle, est poétique et romantique, sans le faire exprès puisqu’elle croit en les belles choses sans y avoir réfléchi, lui, est cultivé et intelligent mais a perdu un peu de son innocence. Belvaux lie les deux personnages par leurs différences. On en apprend sur une culture populaire la plupart du temps dénigrée : Jennifer aime Jennifer Aniston, Anna Gavalda, et lui aime Guerre et paix et les nuits parisiennes.

 Le film ne prend cependant aucun virage et reste un peu lisse, un peu pastel. En sortant du cinéma, elle lui dit : « Alors, tu l’as trouvée comment Jennifer Aniston ? » et il se contente de répondre : « Très bien, très bien ». Finalement, ils refusent de s’affronter. C’est que Belvaux veut rester fin jusqu’au bout et montrer que la lutte des classes est dans nos matrices bien plus que dans nos volontés, et c’est à travers des présentations oubliées, anodines, lors d’une fête populaire que l’exclusion est là, partout.

 La principale raison de voir ce film est l’attachement qui existe entre Émilie Dequenne et le réalisateur : la journée de la demoiselle (imbécile ?) heureuse, hyperactive, résumée en trente secondes est un petit bonheur et les passages de karaoké sont d’une solitude impitoyable, d’une candeur appuyée. Après ça, on s’attendrirait presque devant Friends ou Spring breakers plutôt que de juger durement les gens qui ont apprécié.

Une réponse à “[Critique] « Pas son genre » de Lucas Belvaux”

  1. Armelle 17 juillet 2014 à 9 h 57 min #

    Voilà un film pour lequel je partage complètement votre enthousiasme. Un enchantement à tous les points de vue, un cinéma d’auteur subtil et intelligent et des acteurs formidables. J’ai adoré.

    Armelle de ( La plume et l’image )

Laisser une réponse

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus