[Critique] « Tom à la ferme » de Xavier Dolan

26 mai

 

"La campagne c'est froid, ça pue et y a du brouillard" Tom , la ferme !

« La campagne, c’est froid, ça pue et y’a du brouillard ».

 

 Par leur manque d’esprit de révolution et par habitude, les critiques et les gens qui les suivent aiment ce film, chiffres à l’appui. Voyons pourquoi il est raté.

 Le premier chiffre mis en avant est l’âge du réalisateur. Oui, il est jeune, mais en quoi est-ce un gage de qualité ? Vivement qu’un enfant de huit ans fasse un film afin que la critique se montre si clémente envers lui que sa carrière en sera assurée. Jordy ne fut pas Mozart pourtant. Le deuxième chiffre mis en avant est la masse de spectateurs, qui trop souvent constitue autant de raisons de plébiscite. Enfin, on entend partout qu’il s’agit déjà de son énième film : depuis quand le travail à la chaîne garantit un produit original et attachant ?

 Dolan est beau, oui, mais est-ce une raison suffisante pour s’afficher, s’enlaidir et faire de soi le personnage principal ? Non.

 Après un quart d’heure d’ennui dans un désert scénaristique, on sombre dans une profusion de prétention. Xavier à la campagne se filme en train de s’endormir sur une table ou d’uriner, entouré de menaces invisibles, les musiques grinçantes se succèdent, la ferme et ses alentours suffisent à susciter l’horreur chez le petit mec de la ville. La ville forcément rassurante par rapport à l’arrière-pays peuplé d’arriérés. 

 Le sommeil qui nous envahit est brisé par des effets grossiers, des pseudo-empoignades viriles, des sursauts inutiles. C’est tellement mauvais que des gens rient lors de moments sarcastiques intercalés entre deux séquences où Dolan traite le seul sujet de son film : l’attachement sadique au frère qui ressemble à l’homme que l’on a aimé et qui vient de mourir. Sont-ils gênés eux aussi ou ne saisissent-ils pas que l’heure est grave, que le sujet est sérieux ? Voilà le souci majeur du réalisateur québécois sans âge : au-delà de ses images précieuses et de ses références trop appuyées (on pardonnait dans Les amours imaginaires la référence au groupe Indochine parce que le reste était plutôt réussi, mais alors là, Les moulins de mon cœur sur une route qui file est une niaiserie pas possible, même chose pour le choix de Gotan Project au moment de danser un tango), il essaie d’être ludique, accessible pour le plus grand nombre, global. Et pour nous intéresser de près, pour faire passer un message, c’est forcément problématique.

 Pour preuve de sa volonté de toucher le plus grand nombre, au lieu de profiter de l’ambiguïté de la langue québécoise, de sa musicalité, les dialogues sont choisis pour qu’en France tout le monde comprenne et, pire, il existe une traduction prévue sous forme de sous-titres.

 La partie la plus ratée du film est la deuxième. L’intervention d’une bimbo de la ville, que l’on voit pour la première fois sur une photo follement ridicule, sortie tout droit d’un American pie, réduit à néant toutes les pistes que le film avait ébauchées jusque-là et donne une bien belle image de la femme, de la sexualité normale retrouvée ! Il ne fait rien des personnages, de leur psychologie, de cet homosexuel refoulé. Tous les défauts négligeables de Dolan dans les films précédents sont désormais affichés au grand jour.

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