[Critique] « La femme du ferrailleur » de Danis Tanović

3 mai

 

Le hérisson nourrit bien son homme, et sa femme et ses enfants! hi hi

Le hérisson nourrit bien son homme, et sa femme et ses enfants.

 

 Il en faut du courage pour monter un projet de film dans ce pays. Souvent pour rendre compte de la situation locale, afin d’alarmer le monde, mais aussi parce que beaucoup de destins sont à eux seuls des histoires assez folles pour être montrées. Le cinéma bosnien exhibe ses mosquées aux minarets délabrés mais encore debouts (ce qui rappelle ce que les modestes églises sont à celles du Vatican ou d’ailleurs dans le catholicisme et qui contraste fort avec les mosquées fastueuses dans certains pays musulmans), ses routes défoncées, ses vrais gens avec leur métier ou leur temps chômé (la moitié de la population de la Bosnie est au chômage).

 Ici, Danis Tanović nous montre le quotidien d’un couple, ou plutôt un épisode un peu plus sombre que prévu de la vie d’une petite famille et de leurs voisins. L’histoire, son déroulement et les personnages sont la plupart du temps simples, avec une accélération du rythme et des propos dès que l’on se retrouve en ville ou, pire, dans des hôpitaux.

 Une intrigue qui n’en est pas une sert de support à des rencontres, à des voyages en voiture de quelques kilomètres seulement vécus comme des expéditions lointaines. Ces machines d’acier ont ici un destin tragique puisqu’elles finissent en pièces, revendues aux casses du coin pour quelques poignées de marks convertibles. En outre, on apprend à découper une voiture, à la dépecer précisément. Un film pas vraiment contemplatif puisqu’il s’y passe toujours quelque chose, où les plans balzaciens sont rares, peu de temps est consacré aux paysages, aux alentours, tandis que les personnages pourraient bien être extraits de La comédie humaine.

 Le réalisateur insiste sur une centrale avec d’immenses réacteurs sur lesquels, à chaque entrée ou sortie de la ville, la caméra se braque. Et c’est vrai qu’elle contraste pas mal avec le reste du paysage, elle interroge. À qui appartient-elle ? Pourquoi pollue-t-elle autant en toute impunité ? Combien rapporte-t-elle ? À qui ?

 La femme du ferrailleur c’est Senada, dont le mari Nazif est amoureux d’une façon doucement machiste (si c’est possible), elle est l’enjeu, sa vie, sa santé, et à travers elle la vitalité de ce pays si proche et si loin de nous à la fois. Voir ce film, c’est plus s’intéresser aux autres qu’au cinéma proprement dit.

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