[Critique] « La cour de Babel » de Julie Bertuccelli

10 avr

« Alors, comment allez-vous madame Germain ?
- Oh, m’en parlez pas, entre mes rhumatismes qui me laissent tranquille, ce beau temps, toutes mes passions qui m’occupent, je n’ai même plus le temps de dire du mal de mes voisins. Et puis ces étrangers (à voix basse), quelle chance pour la France ! C’est grâce à eux qu’on a le sourire. »

 Voilà le genre de discussion qui pourrait être banale si l’on voyait des films comme La cour de Babel au lieu du journal de 20 heures, de ces reportages orientés vers la peur et le repli sur soi. Mais, voyez-vous, une fleur ça coûte moins cher qu’un révolver et râler est une pratique tellement facile.

 L’heure est à la naïveté, à l’écarquillement des yeux. La cour de Babel est une arche de Noé reconstituée : si le monde sombre, rassemblez ces jeunes gens-là pour sauver l’humanité. Ces enfants et adolescents sont adultes avant l’âge, peut-être par ce qu’ils ont vécu. Ils sont positifs, complexes, souriants ou taciturnes et vrais. Ils sont incroyables pour ces qualités-là, pour leur parcours, par leurs accents et leurs origines. Ils font sans le vouloir briller la France de mille feux. Politiquement parlant, pourquoi ne pas mettre en avant que ce pays héberge un serbe juif pour qui la vie était devenue impossible à cause de son appartenance religieuse ? Parce que le public et les électeurs sont habitués à être négatif. Le film nous rapproche d’une certaine réalité et nous donne des éléments pour enfin avoir son opinion au plus près d’exemples concrets.

 Cette classe a existé, voilà le message d’espoir. Les gros plans sur les visages, les rires et les larmes semblent déranger. Tiens tiens, l’appel à l’émotion est réprimé quand il est positif. Tournez la tête et pensez bien qu’il y a des personnes énervées, des plans larges dans de sombres cages d’escalier ou des visages et des voix cryptés. Comprendre, voilà pourquoi la caméra s’est rapprochée d’Andromeda, de Maryam, de Xin, de Djenabou, de Marko, de Felipe… Et c’est aussi dans ce but que nous voyons par la suite les parents défiler avec leur progéniture.

 La professeure qui les encadre peut elle aussi faire réfléchir les spectateurs, sur le rôle et la difficulté d’être enseignant, mais aussi sur la passion et l’investissement que représente le fait de voir et d’éduquer ces élèves. Et nous, nous prenons une leçon d’amour et d’attachement, on passe une année d’une heure et demie dont on se souviendra encore dans dix ans.

 La cour de Babel, c’est la tour de Babel avec un c comme candeur, charme, charisme, courage, communication, créativité, compréhension et non pas avec un t comme tristesse.

 

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