[Critique] « The Grand Budapest Hotel » de Wes Anderson

4 avr

 

Qu'y a t-il dans ces cartons rose bonbon? de la guimauve dégoulinante.

Qu’y a-t-il dans ces cartons roses ? De la guimauve dégoulinante.

 

 En patinage artistique, Wes Anderson serait sans doute bien classé. Dans l’ancien système de notation, on lui donnerait volontiers des notes techniques et artistiques tout à fait convenables, et dans le nouveau système d’évaluation, où chaque pirouette – scénaristique – est jugée individuellement, il pourrait également exceller. Mais voilà, nous sommes ici au cinéma et la performance fatigue. De par le triple axel d’acteur et le retournement de situation imprévisible, donc prévisible au possible, le réalisateur parvient – ô prouesse – à nous ennuyer pas mal.

 Pas non plus profondément. L’apparition à l’écran d’une Tilda Swinton en vieille amoureuse de la jeunesse, d’un Adrien Brody en héritier déshérité ou d’Edward Norton en capitaine de la police malsaine mais compréhensive constituent autant de clins d’œil agréables que l’on croirait que le film essaie de nous charmer.

 Mais voilà, de quoi est-il question ? D’Europe Centrale, d’Autriche-Hongrie, d’un endroit qui visiblement a connu une apogée, une grandeur devenue décadence, de nazis éparpillés et pas vraiment méchants, puisque dans l’univers guimauve de Wes Anderson tout est inoffensif. Il faut bien dire que la vision américaine du vieux continent est souvent inconsistante ou, pire, pleine de clichés. Là, on n’est pas forcément dans la caricature – quoique le seul français du film, Monsieur Jean, est montré et même déclaré fainéant – mais plus dans l’évitement des sujets qui pourraient fâcher, comme lors de scènes risibles de contrôle de papiers dans un train. La sexualité du personnage principal constitue à la limite le seul point auquel on peut se rattacher tout au long du film.

 Si les couleurs tantôt vives, pour exprimer le mauvais goût, tantôt chatoyantes et travaillées, pour exprimer le raffinement, et la symétrie au niveau des décors et des scènes qui se répètent à intervalles réguliers (un peu comme le fait souvent Elia Suleiman le palestinien) créent un style Wes Anderson, il n’en reste pas moins que ses films et lui ne dérogent pas à la règle, restent mignons et ont une durée de vie éphémère dans nos esprits. La photo est belle, comme on l’entend souvent, mais quid du film ? Ici, aucun attachement aux personnages n’est permis. Il serait sans doute un grand réalisateur de clips édulcorés, pour preuve la bande-annonce qui montre tout du film et qui se trouve être le format idéal pour l’expression distinguée de ses meilleurs sentiments. Non, on ne croit pas encore totalement aux contes d’Anderson.

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