[Critique] « Gloria » de Sebastian Lelio

24 mar

 

Quoi?! Il ose se mettre torse nu alors qu'il est plus côté à l'argus!Une honte!

Quoi ? Il ose se mettre torse nu alors qu’il n’est plus coté à l’argus ?

 

 Elle a quelque chose de Carmen Maura, une des égéries de Pedro Almodóvar, plutôt que de Tootsie, ressemblance qui existe mais qui est un peu désagréable à son égard. Elle a surtout quelque chose de beaucoup de femmes intemporelles qui essaient de refaire leur vie, comme on dit. Mais voilà, on ne refait pas sa vie, on la continue seulement, et quand on essaie d’oublier, on s’habitue tout au plus. C’est précisément de ces sujets-là dont il est question ici : le passé comme un fardeau, les enfants qui restent méfiants et facilement acides envers les nouveaux amis de leurs parents divorcés, le temps qui passe et qui n’a pas tellement de prise sur notre Gloria, pleine de candeur comme une adolescente.

 Tout d’abord, tant qu’il restera des gens choqués par des personnes âgées nues qui vont jusqu’à faire l’amour, des films comme celui-ci seront utiles. Gloria, la cinquantaine passée, n’a que très peu de gêne et son désir doit s’assouvir, elle n’a pas d’âge et n’a pas peur de vieillir, contrairement à toute cette rangée risible qui riait derrière moi à chaque fois qu’elle osait se dévoiler.

 C’est la vie, au Chili, de nos jours. Coincée entre modernité et traditions, comme dans tant de contrées contrariées, entre l’ancien Chili de l’ère Pinochet auquel elle appartient, mais qui est mort, et le nouveau Chili qui vit sur ses décombres, entre vie de famille et divorce, entre obligation chrétienne et liberté, Gloria a choisi. Elle a aussi tranché entre romance et réalité et se laisse bercer par la musique omniprésente dans les dancings, où elle essaye de vivre de beaux moments, après s’être enivrée chez elle de mélopées dignes de télénovelas. Même dans sa voiture, elle se lance souvent dans d’émouvants karaokés.

 Desilusionada signifie déçue en espagnol, retirée de ses illusions pourrait-on traduire. Peut-être qu’après avoir espéré un changement politique et autre, ce pays est-il blasé. Et peut-être aussi que les hommes avec un tout petit h aiment jouer à la guerre comme dans d’innombrables vallées valeureuses, avec des grandes haches ou comme ici avec des pistolets de paintball. D’où le succès du parc d’attraction de Rodolfo, la conquête instable de Gloria et le manque de facilité à pacifier les rapports humains.

 La politique, les inconnus, les causes nationales, Gloria s’en moque. Le réalisateur s’arrange pour la faire rêvasser lorsque des images de manifestations passent à la télévision, pour la montrer étrangère aux revendications dans la foule. C’est qu’elle a une vie à mener après l’avoir vécue pour ses enfants et pour son ex-mari.

 La fin est sans doute un peu bâclée, un peu facile. Sur la chanson Gloria d’Umberto Tozzi, elle finit par une fois de plus entrer dans la danse comme pour signifier un nouveau départ, comme pour nous indiquer que la seule règle à suivre est la loi du désir, la ley del deseo.

 Gloria est féministe sans le savoir, sans le revendiquer surtout, c’est naturel chez elle, elle est une femme et non pas l’image sage que la société essaie de créer d’elle. Et n’oublions pas que dans sexagénaire il y a sex.

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