[Critique] « Lulu femme nue » de Sólveig Anspach

12 mar

 

C'est important de savoir bien faire le mort dans la vie

C’est important de savoir faire le mort dans la vie.

 

 Sólveig Anspach est islandaise, vous savez ce peuple qui a décidé de ne pas payer la dette après la crise des subprimes qui a touché le pays voilà cinq ans, sans pour autant que cette nouvelle se propage autour de la planète. Le même état d’esprit semble animer la réalisatrice, rebelle efficace, ici ainsi que dans ses précédents films. Ce qui est souvent beau, c’est cette faculté à distiller de savantes doses de poésie, de rêve, d’espoir, de romantisme dépassé, en montrant plus qu’en dénonçant. Le regard doux qu’elle porte tout autant sur les plus moroses d’entre nous, les plus enfermés dans leur quotidien, que sur les empêcheurs de tourner en rond, s’avère un manque de condamnation salutaire. La désinvolture et la maladresse sont très bien entretenues.

 Elle utilise ici Karin Viard comme Marion Vernoux s’était servi de Fanny Ardant et Emmanuelle Bercot de Catherine Deneuve : une ode à leur actrice favorite, un aspect naturel comme si l’on suivait la vraie vie de ces actrices qui sont autant de stars. En même temps, on explore la France dite profonde – plus intelligente et moins superficielle ? – et les environs d’Angers ainsi que la côte vendéenne constituent un décor rural propice à l’escapade et à la connaissance de soi.

  Là où Vernoux et Bercot nous montraient que les stars ne peuvent pas lutter contre le vieillissement ou la fougue d’un enfant, Anspach introduit l’aspect social sur le devant de la scène : Karin Viard se fait avaler sa carte d’entrée de jeu, pour nous signifier que la femme est encore quelquefois qualifiée de femme au foyer et lui intimer l’ordre d’y rentrer. Que ferait une femme seule ? La même chose qu’un homme : sa vie.

 Quelquefois un peu plus conventionnelle dans les symboles d’évasion (jongler et vivre dans la rue pour être libre ou écouter de la musique latine quand tout va bien), la réalisatrice réussit un film plein de fantaisies, où l’on peut s’amuser dans une fête votive, où l’on se fait escorter par des gardes du corps maigrichons et où danser sans savoir danser est un plaisir communicatif. Par le charisme de Karin Viard et sa célébrité – qui se serait soucié d’un film sur un SDF ou sur une pauvre femme qui passe un entretien d’embauche pour devenir secrétaire ? – ainsi que par le brio charmeur de Bouli Lanners, le film et ses sujets sont portés efficacement.

 Quels sont-ils ces sujets ? La tendre vieillesse pas forcément aigrie et désagréable, le mensonge et ses répercussions néfastes même quand on croyait le faire dans l’intérêt de l’autre, l’entraide entre toutes ces générations – un sujet cher à Sólveig Anspach – et même l’euthanasie, abordée de façon très fine par une seule phrase prononcée par l’épatante Claude Gensac qui en a marre d’être vieille.

 Le cinéma francophone ne se cherche pas une voie, il a compris qu’il n’y en avait pas de tracée, et ses hésitations, à l’instar de ce film, sont d’un charme infini.

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