[Critique] « Un beau dimanche » de Nicole Garcia

8 mar

 

Décor jeune

Décor jeune.

 

 Nicole Garcia connaît bien le cinéma français et, après un apprentissage auprès des plus grands réalisateurs, elle est passée derrière la caméra depuis plusieurs années déjà. Après Jean-Pierre Bacri et Jean Dujardin au top de leur émergence médiatique, elle se sert ici de la montée en puissance de l’actrice Louise Bourgoin. De film en film, l’ancienne miss météo – on doit le lui rappeler assez souvent – réussit sa reconversion. Déjà seul rayon de soleil du bien terne Tirez la langue, mademoiselle, elle est radieuse dans ce film-là.

 Elle tire sa beauté de ses galères, des saisons qui passent, non pas les quatre régulières d’un cycle annuel mais celles qu’elle fait, qu’elle exécute, cherchant à vivre de son travail en alternant les mondes superficiels que sont la côte méditerranéenne l’été et les stations de ski l’hiver. Prolétaire, cernée sous les yeux et par de petites frappes qui lui font la vie dure, elle est le personnage central. Même si ce n’est pas elle que l’on suit le plus souvent, c’est par elle et pour elle que tout arrive, elle est l’enjeu.

 C’est par Baptiste, Pierre Rochefort, le fils séduisant de la réalisatrice, que l’on voit les événements. Lui aussi est un saisonnier, un professeur réserviste très consciencieux qui vit de petits riens, son salaire ne lui suffisant pas. Leur rencontre se fait par l’innocence : le lien est cet enfant délaissé dont ils sont les seuls à vouloir s’occuper.

 Afin d’imprégner le spectateur de la routine peu flatteuse qui guette les deux protagonistes, Nicole Garcia prend son temps et nous propose une mise en place un peu longue où la France d’en bas, celle d’une très grande majorité d’entre nous, est quelquefois un peu trop conforme à l’idée que l’on se fait d’elle : l’alcool débile est une échappatoire qui ne mène à rien et l’on peut admirer les tatouages « faute de goût » sur Sandra, la serveuse, Louise Bourgoin. Après une demi-heure par analogie, on s’ennuie un peu aussi, et c’est tant mieux.

 Puis le film tente le changement de braquet et ose l’affrontement social radical, on peut même parler de lutte des classes tant l’écart est grand. Habilement, on est entraînés progressivement vers cette bâtisse loin de tout, comme coupée du monde et de ses réalités. La mise en scène n’est alors pas au niveau de l’ambition du film, même si par bribes on trouve des personnages attachants dans les deux clans, Dominique Sanda en reine de famille et Déborah François en sœur qui n’a pas tranché, qui ne semble pas comprendre les enjeux de sa condition. On est loin de l’affrontement savoureux, on est plutôt dans l’évitement du pire.

 Au final, le film vaut le coup pour l’affirmation d’une actrice qui se révèle au fil des ans et qui choisit de jolis films pas toujours commerciaux, moins pour la mise en scène très, trop classique.

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