[Critique] « L’amour est un crime parfait » d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu

19 fév

 

 

Un foutage de gueule des lunettes 3D par des acteurs aux multuples facettes.

La moquerie des lunettes 3D par des acteurs aux multiples facettes.

 

 

 Il y a les frères Coen, surcotés notoires, les frères Dardenne, au cinéma humain et exigeant, et il y a en France les frères Larrieu, plus difficiles à cerner tant leur filmographie est inégale. Après le surprenant tableau de maître Peindre ou faire l’amour, Le voyage aux Pyrénées nous avait laissé à quai. Et l’horrible Les derniers jours du monde nous avait carrément fait souhaiter le dernier film des frères.

 C’est peut-être une des raisons qui rendent sympathique ce film-là : partir de si bas pour remonter vers les cimes. Le scénario est volontairement mis au second plan pour que le spectateur puisse apprécier les différents cadres : la nature inquiétante et magnifique rendue encore plus lumineuse par choix, le chalet grandiose, lui aussi éclairé et équipé, et l’école polytechnique de Lausanne, où il fait bon étudier et dont l’architecture nouvelle n’a d’égal que la plastique des multiples tentations qui la sillonnent talons claquants, ses étudiantes.

 Parmi elles, la provocante Sara Forestier, en grande enfant bourgeoise pourrie gâtée, qui constitue un parfait appel au vice et accessoirement à l’anti-romantisme. Le professeur Mathieu Amalric – qui ressemble pour toujours à Roman Polanski depuis La Vénus à la fourrure – est à l’aise en distribuant les bons mots et en usant de sa position, et reste très cultivé et courtisé dans ses pantalons de velours. Possiblement pas si crédible en tombeur, mais on s’en fiche. On ne boude pas notre plaisir de le voir comme au-dessus des lois et de tout soupçon. Ses yeux exorbités et rassurants à la fois nous donnent à penser que c’est le tueur. Non, je ne révèle rien ici tant L’amour est un crime parfait fonctionne tel un épisode de Columbo : l’assassin est connu dès le départ. Au lieu de suivre l’inspecteur et sa gabardine, on s’attache au périple du détraqué Amalric dans les neiges suisses, à ses amourettes étudiantes, à sa sœur Karin Viard qui le materne tant et à son amour Maïwenn.

 Pas de sensualité ici, on s’envoie en l’air. Les rapports homme-femme sont sexuels, francs, directs et troubles à la fois. Les frères se sont faits spécialistes de cette façon de montrer une vérité actuelle et leur cinéma en est empreint. Pas de véritable mobile non plus, pas de raison de tuer et, comme des traces que la météo se chargerait d’effacer, les réalisateurs nous lancent sur des pistes, aussitôt brouillées, on appelle ça un film de genre. Tout est attendu et l’on s’attarde sur la mise en scène, nos yeux sont plus libres de se concentrer sur des détails, on prend du plaisir à voir ces acteurs échanger, ces seconds rôles soignés (soulignons le brio de Denis Podalydès en gentil amoureux jaloux qui ne sait pas draguer).

 Un Hitchcock sans la virtuosité, un Rohmer sans cette innocence travaillée qu’il voulait capter. Un bon moment comme le cinéma français sait nous en proposer, en mélangeant sa culture du dialogue proche du théâtre et l’attachement que l’on éprouve lorsque l’on revoit Karin Viard ou Mathieu Amalric. Nous sommes en présence d’un Larrieu très réussi, tout en étant conscients que ce ne sont pas des cinéastes d’exception. Enfin, on appréciera, avec ce froid dehors, cette neige apparente, que l’ambiance lourde soit si joliment portée par les chansons de Christophe.

 La fin paraît toutefois rocambolesque, comme un gadget de cinéma, une ficelle usée. Mais puisque l’histoire ne compte pas tellement…

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