[Critique] « A touch of sin » de Jia Zhangke

27 jan


Pas un film d'horreur, mais un film horrible.

Pas un film d’horreur, un film horrible.

 

 Voilà le parfait exemple du film fait pour épater dans une soirée, où l’on parlerait d’un « petit film chinois, du ciné indé ». Il s’agit surtout d’un film prétentieux (le titre fait référence à A touch of zen de King Hu, un classique taïwanais des années soixante-dix) qui a une particularité déplorable : le petit génie en herbe de réalisateur a eu l’idée de ne pas mêler les destins, comme une série de nouvelles sans chapitres.

 On est là devant un film de deux heures quinze dont les mérites sont si peu nombreux qu’il vaut mieux en énoncer la liste de façon ironique : au niveau graphique, quelle beauté d’avoir eu l’idée de renverser un camion contenant des tomates et de voir un des héros s’arrêter et croquer dans l’une d’entre elles, comme dans un fruit défendu. Le sang et le rouge de la tomate, y aurait-il un lien ? Le scénario est riche de quatre histoires qui s’enchaînent et, ô originalité, ne se lient pas. Est-ce pour dénoncer le manque de liens affectifs entre les gens – théorie fumeuse des critiques qui défendent le film aveuglément – ou afin de nous démontrer son manque d’intelligence ?

 On assiste à un wuxia, genre implanté en Chine depuis des siècles où l’on suit les péripéties d’un chevalier moral, ici plusieurs, dans des paysages actuels. Quelle merveille de jouer avec les codes établis de son pays d’origine, quelle indépendance d’esprit ! C’est beau, on dirait du veau, euh du Tarantino. On dirait plutôt que Jia Zhangke a appuyé sur la touche « actualiser » de son ordinateur pendant qu’il visionnait un wuxia classique.

 Et puis, des idées foisonnent : on doit s’inspirer des animaux, ils sont bien plus intelligents que nous. Regardez cet homme qui frappe sans cesse son cheval, ne mérite-t-il pas la balle dans la tête que lui administre un héros passant par-là ? Bien sûr que si.

 La vengeance est à la mode, rien de tel pour vendre son film que de l’instaurer comme thème principal, voire même unique, tant la misère sociale est montrée de façon anecdotique, justifiant pourtant l’injustifiable. Au bout de trente minutes, les seuls moments de surprise sont des sursauts engendrés par les appuis sur les gâchettes.

 Jia Zhangke est peut-être un grand comique ? Comme Uma Thurman maniant son épée dans Kill Bill ou Nathalie Portman dans l’arène de Star Wars, ses héros savent manier les armes à feu, les sabres, et savent se battre en habits urbains à la façon de Chuck Norris dans son jean serré.

 À force de retourner la violence et la cruauté contre ceux qui les exercent d’ordinaire, le réalisateur dessert carrément son propos sans s’en rendre compte. Au lieu d’un film sensé rétablir la justice, il déshumanise toutes les couches de sa société. En quelque sorte, tous les hommes sont les mêmes. Ce film est quant à lui bien quelconque.

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