[Critique] « La Vénus à la fourrure » de Roman Polanski

22 jan

 

Un film très pointu certes...

Un film très pointu, certes.

 

 Le roman Polanski se lit toujours avec autant de délectation. Après l’épouvantable Carnage, on le croyait touché par le syndrome Woody Allen, qui continue d’attirer du monde en salles grâce à ses premiers bons films et au coup de pouce des critiques. Il n’en est rien, pour notre plus grand bonheur. Le sien s’incarne dans Emmanuelle Seigner, on peut comprendre, et il offre ici à sa femme son plus beau rôle. Leur complicité transparaît, ils en enfantent des moments frappés du sceau de l’intelligence, de la finesse et de la vivacité d’esprit.

 Elle, est d’une beauté qui ne peut vieillir. Lui, connaît les langages de plusieurs époques. Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric-Polanski dialoguent dans un huis clos étourdissant de références, de subtiles vulgarités, de jeux de rôle à la frontière du réel et de l’imaginaire.

 On est au théâtre et au cinéma à la fois. On porte des lunettes 3D posées sur le cœur. Est-ce bavard ? Non, quand deux personnes ont autant de sujets à aborder par le biais de métaphores bien construites et que les dialogues sont aussi vifs, on écoute. Est-ce ennuyeux de ne voir que deux personnes dans un même cadre pendant une heure et demie ? Vos week-ends en amoureux doivent être passionnants.

 Polanski ne recule devant aucune facilité et tout fonctionne, des trois coups inauguraux jusqu’au choix de la sonnerie de téléphone portable pour interrompre des moments de grâce. Les alternances, sans sas de décompression entre le frivole et l’intellect, ou le moderne et l’ancien, sont jubilatoires. On a l’impression de prendre sa respiration pour ne souffler qu’une seule fois jusqu’à la fin du film, tant il semble que tout se déroule en une seule scène, constituée du même plan, ce qui n’est pourtant pas le cas.

 Le duo se teste dans des jeux, sur le modèle attraction-répulsion, dont le maître s’inverse à chaque seconde. Qui est le dominant ? L’esclave qui choisit de recevoir des coups de bâton ou celui qui tient ce bâton ? Cette métaphore serait-elle sociale ?

 La pièce de théâtre, tirée du livre éponyme de Leopold von Sacher-Masoch, qui a donné le mot masochisme, ne sert que de prétexte à cet échange sensuel qu’est le film. Roman Polanski nous montre habilement où en sont l’homme et la femme vis-à-vis de l’autre dans la société actuelle, et où étaient leur position à une autre époque. Il nous montre sa faiblesse machiste mais sa propre femme lui répond qu’elle est féministe et que ça ne va pas se passer comme il l’entend. Il est un homme libre à plusieurs niveaux et son cinéma est à consommer SM, sans modération.

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