[Critique] « Suzanne » de Katell Quillévéré

21 jan

 

la liberté en décapotable wouhou!

La liberté en décapotable !

 

 Vous vous souvenez sans doute d’une publicité pour une banque dans laquelle la vie banale d’un jeune homme défilait et où à chaque étape importante une voix annonçait « les copains », « les filles », « le travail », « la fille » etc.,  voici la version longue du spot commercial.

 Comme la réalisatrice a voulu que l’on voit les protagonistes vieillir – prouesse cinématographique s’il en est d’après les critiques, elle ne prend pas le temps de construire de vraies scènes ni d’emmener progressivement les sentiments, l’attachement aux personnages. Non, elle nous les jette au visage tels des faits et l’on doit s’en accommoder. C’est que la jeune cinéaste, très proche émotionnellement de Mia Hansen-Løve, croit au coup de foudre stupide, celui du regard qui transperce et, comme dans les films de sa consœur, on s’ennuie à mourir. Tout y passe : l’amour, la mort justement, la filiation, la prison, la fuite, les pleurs, tout se mélange et crée un écœurement, un trop plein de tout ce qui fait la vie, de tout ce qui pourrait nous faire éprouver de l’émotion si le dosage était savant. Mais au cinéma, le chaland est friand de tous ces ingrédients.

 C’est le film d’une adolescente attardée par excellence, l’amour y est fantasmé, irréel, et Katell Quillévéré choisit Playing your song de Hole, au son démodé, au moment de faire souffler un élan de liberté. Parlons-en de la musique : la même boucle s’installe et revient continuellement sans s’arrêter entre les scènes, elle les chevauche comme dans Je vais bien, ne t’en fais pas de Philippe Lioret, autre film pour midinette qu’il faut aimer sous peine de passer pour un insensible.

 Ici, la prise d’otage est perpétuelle, l’injonction est dans chaque plan et dans les moindres gestes exagérés de Sara Forestier : pleurez dans les chaumières ! Les seconds rôles François Damiens et Adèle Haenel sont plutôt bons, ils n’en font pas trop mais leur interprétation reste anecdotique face aux immenses fossés que constituent les ellipses répétées, les dialogues faussement naïfs, comme au parloir de la prison.

 Ce qui, à mon avis, plaît à énormément de gens dans ce film c’est le refus de traiter de front les sujets évoqués : l’éducation de l’enfant balloté ou l’amour avec un délinquant. Au lieu de ça, Katell Quillévéré ne se prend pas la tête et nous livre un long-métrage dans l’air du temps : décérébré, pleurnichard, dépolitisé et gentil.

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