[Critique] « Northwest » de Michael Noer

10 jan

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L’écharpe qui va bien cousin.

 

 Nordvest, titre original en danois, est un film très réel, donc très cruel. La réalité est augmentée dès l’entame du film et se confirme au fil des minutes. On suit de près Casper, un jeune adulte aux expressions adolescentes. On connaît ainsi ses haussements d’épaules caractéristiques du crâneur qu’il aimerait être et sa démarche se faisant plus heurtée alors que les situations se compliquent, et que sa carapace s’épaissit. On sait qu’il est dans le game, le système D, qu’il vient d’un quartier difficile, choisissez votre expression ou plutôt, selon votre curiosité, comprenez celle que vous pouvez.

 Comme dans Klip de Maja Milos, constat alarmant sur la jeunesse serbe, on assiste ici à la description de l’époque au Danemark. Les clichés et les codes s’entremêlent et sont reproduits à l’infini : le mauvais rap, celui qui plaît, et ses paroles débilisantes ont un impact quotidien tandis que la musique de nuit nuit gravement à la santé. Le réalisateur s’attaque subtilement à l’industrie musicale qui est tombée dans la facilité et qui donne aux gens ce qu’ils veulent entendre, ni plus ni moins. Dans une Europe du cinéma, il y a Ulrich Seidl en Autriche, Kornél Mundruczó en Hongrie, Maja Milos en Serbie et Jessica Krummacher en Allemagne qui ont tous pris conscience du colonialisme moderne, des replis identitaires de leur peuple et qui ont tous décidé de montrer la violence créée par ces phénomènes.

 Michael Noer est dans la même veine, il ne tourne jamais les yeux et les talons quand ça se complique. Il filme tout frontalement et montre les responsabilités de chacun. À l’instar de Seidl, on se demande même s’il ne rajoute pas un drapeau censé rassurer pendant ou juste avant les scènes troublantes. L’étendard continue alors de flotter au gré du vent impuissant, comme l’entourage - ces cellules familiales éclatées, ces amitiés molles – qui contribue à l’abrutissement général. Dans les films de ces cinéastes-là, l’espoir n’a pas sa place, il a disparu de notre civilisation.

 Les personnages secondaires sont très creusés mais si peu profonds qu’ils entraînent tous Casper dans leur chute. Irem, d’origine turque et d’une beauté folle, est attirée par les signes extérieurs de richesse et se révèle l’élue de notre héros dépassé tandis que Jamal, le caïd du coin aux racines indiennes, l’oppresse bien moins que Bjørn, qui le fait passer à l’échelon supérieur du crime et de la délinquance.

 Casper a également un frère, plus jeune et plus tête brûlée que lui, et une mère, qui a perdu le fil de sa vie. Jusqu’où une mère peut demander des comptes à ses fils ? Du moment qu’il ramène de l’argent, peu importe la provenance.

 Ici, le manque de nuance impose une authenticité. Peut-être un peu brisée par la scène finale, qui manque de courage. Après tout, hors champ, dans une autre vie, notre héros en serait vraiment un et pourrait s’en sortir.

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