[Critique] « Violette » de Martin Provost

15 déc

 Après Séraphine, entre autres, Martin Provost nous propose à nouveau de découvrir une artiste oubliée des siècles passés. Saluons l’intention à une époque où les biopics fleurissent même sur des terrains vagues et à la minute même où meurent les chanteurs populaires ou les révolutionnaires fabricants de téléphones et de tablettes. Dans la forme, on retrouve la même sensibilité, la même envie de sobrement mettre en avant, ici l’écrivaine Violette Leduc, par des citations très belles et imagées à l’écran. Les passages lus sont magnifiques et empreints de sincérité.

 L’adéquation entre l’actrice Emmanuelle Devos et son personnage est parfaite : elles sont directes, franches, abruptes : elles ne se cachent pas derrière les mots, ce qui pour une écrivaine peut être utile.

 Néanmoins, Violette souffre de la comparaison avec Séraphine, il est plus bavard et moins essentiel, on dirait que le réalisateur a eu peur de prendre son temps. Ainsi, la solitude, le calme loin de la capitale – un des thèmes chers à Provost pour qui loin de l’agitation, on se ressource et retrouve une innocence vitale à l’artiste – et la beauté de la campagne sont moins présents, moins montrés.

 De plus, là où Séraphine de Senlis était mise à l’honneur, on éprouve quelquefois la sensation que Violette Leduc sert à exposer d’autres artistes plus connus comme Simone de Beauvoir. Et puis, tant au niveau de l’histoire que du jeu, on peut estimer que Sandrine Kiberlain fait de l’ombre à Emmanuelle Devos. On prend un plaisir fou à voir ces deux actrices réunies et à écouter leurs joutes verbales, car leurs caractères opposés donnent lieu à quelques confrontations.

 Là où La vie d’Adèle échoue, ce film réussit : l’homosexualité dédramatisée émeut, elle n’est pas au centre et elle n’est pas importante, elle fait partie de la vie de beaucoup de gens, d’artistes surtout mais pas seulement. Le rôle secondaire d’Olivier Gourmet est lui aussi savoureux.

 Simone de Beauvoir était réputée pour son féminisme intransigeant, sa droiture, et Provost nous expose ici qu’elle aurait pu être dénuée de sentiments, ce qui contraste avec Violette Leduc qui, tourmentée et entière, ne marquera pas l’histoire de la littérature. Est-ce que le travail auquel s’attelait méthodiquement Simone de Beauvoir ne l’a pas empêchée de vivre un peu plus librement, loin des contraintes éditoriales ? Est-ce que Violette l’écorchée vive ne souffrait pas d’un manque affectif et d’équilibre qui aurait nourri son œuvre ? Les questions sont subtilement traitées puisqu’il n’y a pas de morale ou d’avis définitif.

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