[Critique] « Le médecin de famille » de Lucía Puenzo

11 déc

Un exemple de la race qui sert aryenne...

Un individu qui ne sert aryen.

 

 Depuis quelques années, le cinéma argentin revit et produit beaucoup d’œuvres suffisamment personnelles et universelles pour être de qualité. Avec Medianeras de Gustavo Taretto, El chino de Sebastián Borensztein, dans un registre plus léger, ou encore Jours de pêche en Patagonie de Carlos Sorín et Enfance clandestine de Benjamín Ávila, il filme sa société dans ses paysages.

 Le médecin de famille ouvre frontalement mais avec subtilité un dossier sombre et douloureux assez récent. Comme si l’Espagne osait parler du franquisme dans un film grand public, Lucía Puenzo s’attaque à son pays, qui a accueilli les nazis après la deuxième guerre mondiale.

 D’une beauté à couper le souffle – l’air se fait plus rare aux sommets sur la longue et superbe route qui mène à Bariloche, les paysages émerveillent tandis que notre respiration se fait plus laborieuse devant les clichés du passé et une mise en scène menaçante et pesante.

 Doté d’une progression dramatique à faire pâlir Ridley Scott ou Steven Spielberg, et ce sans les sursauts obligatoires et pénibles, le film lance de fausses pistes et offre des diversions au spectateur, un attachement au monstre est même possible. Le diable, en effet, parle notre langue, est courtois et s’habille non pas en Prada mais avec classe et goût.

 Le titre du film y est prononcé de façon originale, il est dit avec une négation supplémentaire, comme un acte de résistance : « Il n’est pas le médecin de famille ». Et pourtant, il va devenir le conseiller officiel du père et s’immiscer dans ses affaires, lui inculquer l’ambition et l’esprit d’entreprise comme si en vouloir toujours plus était un symptôme à combattre. Il assiste aux découvertes affectives des enfants, il est au plus près de cette famille qu’il parvient à étouffer. La réalisatrice nous fait revivre ici des heures sombres pour nous épargner aujourd’hui une quête de perfection, un recul de l’humanité.

 Les croquis d’enfants, surmontés d’une règle montrant une courbe ascendante, ainsi que les crânes de poupées sortant du four – comme un air de Nuit et brouillard d’Alain Resnais – nous font frémir et sont des images marquantes qui restent en tête plusieurs semaines après.

 Le final ne nous épargne pas, et c’est tant mieux. Et pour peu que l’on fasse preuve d’empathie, on souffre avec la mère universelle, la talentueuse Natalia Oreiro, qui a porté en elle trop d’amour pour ses enfants. La terre ne sera jamais remplie uniquement de petites têtes blondes.

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