[Critique] « Heimat » d’Edgar Reitz

7 déc

Jettechen et la lumière...

Jettchen et la lumière.

 

 On pourrait traduire le titre par « Patrie » ou « Bonheur » ou encore « Paradis » si l’on voulait être cartésien, mais si l’on veut ressentir la notion, on peut parler d’endroit où l’on se sent bien, de son pays romantique. Edgar Reitz prolonge – ou plutôt prologue – son œuvre de ses feuilletons qui ont eu un franc succès outre-Rhin. Il trouve une origine avec ces deux longs-métrages qui s’associent à merveille et il parvient même à restaurer un peu de valeur à ces mots usés, à nous indiquer que le peuple allemand était lui aussi demandeur d’asile il fut un temps.

 Heimat 1 et 2 aurait pu sembler repoussant tant le programme proposé indiquait un esprit partisan. Il n’en est rien, bien au contraire, on se sent vite concerné par un héritage culturel qui n’est pourtant pas le nôtre. Presque quatre heures de noir et blanc sous-titré engageait autant qu’essayer de franchir un mur tombé depuis. Voilà ce que pensent tout haut de nombreuses personnes proclamées cinéphiles : elles veulent un plaisir court (la relation sexuelle moyenne dure…) et formaté (une chanson a un format radio de…). Si ça vous ennuie de passer du temps au cinéma, n’y allez pas.

 Mais Heimat 1 et 2 a la durée qu’il mérite et n’est pas conventionnel. À la limite, dans sa liberté, il a quelque chose de Les moissons du ciel de Terrence Malick et, dans sa beauté nue, il a quelque chose des films de Béla Tarr. Le rêve y est omniprésent et il a d’autant plus de mérite à exister dans cette vie rude, misérable mais jamais filmée de façon misérabiliste. Incarné par Jakob, et secondé par Jettchen, l’espoir prend la forme de l’amour, de la complicité et de l’oisiveté. À chaque fois que Jettchen apparaît, la lumière la suit, et dans ces vastes étendues magnifiques où chaque plaine ressemble à une autre plaine infertile, son personnage et son visage apportent joie et réconfort. Elle a dans le regard une candeur inoubliable.

 Comme le film, le noir et blanc est plein de nuances et de teintes. Le gris est une couleur. Et la couleur apparaît pour mettre en évidence des éléments sans époque par leur valeur sentimentale.

 Le voyage y est fantasmé, l’ailleurs n’est jamais montré comme s’il était une illusion, une arnaque, une envie banale à ce moment-là et les personnes les plus rêveuses de découvrir les Indes semblent trop ancrées à leur terre, tandis que les chercheurs de fortune sont quant à eux sans attache.

 Heimat 1 et 2 est aussi une étude comportementale de cette famille allemande d’il y a cent cinquante ans, de ces deux frères dont l’un ne se pose pas de questions et l’autre hésite sans prendre de décision, de cette mère effacée, de ce père protestant bourru et entêté mais aussi capable de pardonner.

 On y voit l’arrivée du progrès technique et les possibles changements qu’il laisse augurer. Le réalisateur insiste sur la mortalité infantile, les épidémies, et ce malgré les prières répétées pour nous faire comprendre que ces évolutions sont positives.

 Edgar Reitz signe deux films intelligents, très beaux et qui remplacent le nationalisme par l’amour que l’on peut avoir pour l’endroit où l’on a des souvenirs, quelque chose qui peut être positif malgré l’image détériorée que nous proposent les politiques et autres.

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