[Critique] « Gabrielle » de Louise Archambault

23 nov

 Le premier long-métrage de Louise Archambault était déjà une remise en cause profonde de la famille en tant qu’entité immuable, solide et pleine de bonnes intentions. L’image de la mère est mise à rude épreuve dans son Familia, au même titre que dans Le livre de Jérémie d’Asia Argento ou J’ai tué ma mère de Xavier Dolan, autre québécois talentueux.

 Dans Gabrielle, elle s’appuie sur sa critique, sûre d’elle, sur cette remise en question, pour bâtir plusieurs situations qui se retrouvent l’objet de tensions, comme être le centre de l’attention de nombreux adultes qui projettent tous leurs caractères et leurs choix sur la jeune femme.

 Atteinte du syndrome de Williams-Beuren, Gabrielle est gentille, pleine d’amour et de sourires, ce qui sied aux bien-pensants, bien assis et bien en place. Les personnes atteintes sont pour la plupart amenées à ne vivre qu’entre elles, on met les légumes de côté, moins beaux mais plus gouteux, pour le plaisir des consommateurs rois.

 Merci d’avoir donné cette place à la musique, d’avoir donné une seconde vie à Pendant que les champs brûlent de Niagara, un énième souffle aux chansons de Robert Charlebois, qui reste sobrement à sa place quand il apparaît à l’écran. Autant de chansons qui sont plus qu’un accompagnement, qui ajoutent du sens aux situations par le sens des paroles.

 Dès les premières minutes, la réalisatrice désamorce la bombe de la sensiblerie, de par des scènes provoquant des sursauts violents mais nécessaires, afin de nous immerger dans une réalité difficile. Une fois dedans, on aimerait tout saisir mais on n’y parvient qu’en partie. Le québécois n’est pas le français et cette différence génère d’autres situations, d’autres histoires, et l’effort que l’on produit pour mieux comprendre est une concentration pleine d’intérêt pour l’autre culture.

 Le film est doucement politique. Pour Gabrielle, avoir une vie normale, ce n’est pas seulement être autonome et guérir, c’est aussi pouvoir travailler et ainsi se délester du poids qu’elle croit faire peser sur la société. Pour accéder à l’amour, on lui a fait comprendre qu’elle devrait accéder à la propriété. Le public du concert final est ordinaire, bien ordinaire, c’est-à-dire métissé.

 L’interprétation de Mélissa Désormeaux-Poulin, dans la peau de la sœur de Gabrielle, est très réussie. Elle incarne l’espoir, la lueur de changement, très belle et restée sensible. Le film essaie peut-être de combattre une maladie non-répertoriée : le syndrome de l’égoïsme, ou bien il nous engage à aller voir de quoi le reste du monde a l’air.

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