[Critique] « Blue Jasmine » de Woody Allen

5 nov

[Critique]

Un petit air de Rosanna Arquette à droite non ?

 

 On l’a perdu depuis au moins six films, il y a peu de chance de le retrouver un jour. Le gentil et drôle névrosé new-yorkais, qui était amoureux de Diane Keaton, qui se moquait de lui-même et de son héritage, ne fait plus que du commerce. À raison d’un film et d’une carte postale par an – il y en a de jolies, de vulgaires, celles avec les paysages, celles divisées en plusieurs paysages – envoyés à ses spectateurs, il travaille beaucoup trop. Et pourtant, on continue de chercher ce qui pourrait être divertissant, d’une part, parce que l’on a le souvenir de ses premiers films et, d’autre part, parce que les critiques et les journaux continuent de nous pousser vers Woody le génie.

 C’est bavard. Cate Blanchett parle sans cesse pour meubler le vide de sa nouvelle vie, et par habitude de se mettre en avant. Elle nous entraîne dans son solo d’actrice, isolée du reste des personnages. Il est impossible de ne pas entendre « C’est un bon film, l’actrice joue bien », alors que j’y vois plutôt une tentative de masquer la vacuité de son scénario.

 À force de ne pas vouloir critiquer le libéralisme clairement, peut-être est-il mal placé pour le faire, il fait de cette Blue Jasmine une victime qui dégénère et à laquelle on doit s’attacher. Éprouvez donc de l’empathie envers cette pauvre femme que son mari volage a abîmée, comme si elle n’était que collatéralement touchée par l’attrait de l’argent de celui-ci alors qu’elle l’a choisi pour cette raison précise.

 D’invraisemblables maladresses sont à souligner : le montage est cassant et désamorce les situations à chaque fois que le film pourrait tomber dans l’explication, devenir profond ou, pour une fois, apporter une contradiction. Il faut à tout prix rester dans l’aisance de la comédie, le confort de l’esprit. Tu parles d’un film politique !

 Un film de masse : on comprend tout, tout le temps et dans la seconde. Le ressenti précédent est confirmé dans la scène qui suit. Ainsi, le spectateur se sent concerné, intelligent, fier de lui. Par exemple, lorsque le mari offre un bijou à sa femme, elle lui répond qu’il a du goût pour un homme d’affaires, sous-entendu « Nous les femmes, on sait ce qui est beau, chose plus rare pour un homme », et dans les scènes suivantes, Woody Allen s’évertue à nous montrer qu’une femme était à l’origine du choix du bijou en question. Le procédé se répète plusieurs fois, ce qui compte en partie dans le fait d’apprécier ou non le film et de le dire en public.

 Pourquoi continuer de se déplacer ? Au moins, que les cinémas sensibles ne programment plus ses films, il a bien assez de notoriété pour s’en sortir, laissez-le aux grandes salles qui poursuivent le même but que lui.

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