[Critique] « Miele » de Valeria Golino

4 nov

[Critique]

Jasmine, la révolution.

 

 La vraie Jasmine c’est elle, Jasmine Trinca, et non pas Blue. La protégée de Nanni Moretti affiche de plus en plus de beauté, de force dans le regard, de variété dans son jeu. Dans Le caïman, réalisé par l’homme qui l’a lancée, on la croirait sortie d’un film des années quatre-vingt (presque un Rohmer !), peu confiante et portant des pulls trop larges. Puis elle s’est désinhibée dans L’Apollonide : Souvenirs de la maison close, entre autres, elle est ainsi pleine de ses expériences et de talent dans ce premier long-métrage de Valeria Golino. Même les cernes, une négligence toute travaillée certes, lui vont à merveille.

 Valeria Golino est une femme et elle filme pourtant Jasmine Trinca en train de faire l’amour : on voit ses seins, ses hanches, son plaisir même. Où va le monde ? Pfff… Bref, elle ne se prive pas de nous montrer ce dont elle a envie pour des raisons sexistes.

 Il s’agit ici de gérer la fin de vie à sa manière et d’échapper à la souffrance, de l’abréger. Une variante de Quelques heures de printemps de Stéphane Brizé sans passer par la case Suisse et sans Vincent Lindon. Le traitement est complètement différent, on a là un scénario avec des hauts et des bas, et non pas une ligne droite vers la mort, et plusieurs histoires se greffent autour de Jasmine Trinca, autour de son idéal, de son idée du bien. Elle se retrouve prise au piège et l’on est tourmenté avec elle. On prend le vent quand elle pédale et l’on nage avec elle lorsqu’elle se change les idées. Le rapport aux éléments est important, et l’on peut d’ailleurs souligner quelques maladresses dans l’utilisation du son au-dessus de l’eau qui disparaît quand on plonge façon Le grand bleu, c’est pour dire.

 La réalisatrice se débrouille plutôt bien et le solo de nuit de Jasmine dans cette boîte de nuit romaine est doux et décalé. Elle se moque gentiment des gens qui se musclent sur des musiques rythmées, qui suent sur des machines, et même le vieil homme auquel s’attache notre héroïne pousse quelques gueulantes réactionnaires tout à fait convaincantes.

 Dans le regard noir et subtil de l’actrice, il passe toutes sortes d’émotions, on la voit assise ou bien on est à la place de ses yeux quand elle est debout, et dans la hauteur des personnages qui se confrontent, on comprend qui dirige la conversation, et l’on nous montre lorsque l’équilibre se fait.

 Un film attachant, qui creuse encore un peu plus ce filon intéressant qui plaît aux cinéastes : cette relation entre êtres humains qui n’est ni de l’amour, ni de l’amitié, non plus de la compassion, ce sentiment moderne sans nom, peut-être plus actuel parce que les autres sentiments se sont estompés ?

 Mais est-il vraiment crédible de vouloir mourir alors que Jasmine Trinca est près de nous ?

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