[Critique] « La vie domestique » d’Isabelle Czajka

31 oct

 

[Critique]

« Bah oui, moi je suis pas cinéaste, je cadre comme je peux ! ».

 

 Après un joli L’année suivante, où Anaïs Demoustier prenait son temps pour vivre et apprendre à se connaître, et un D’amour et d’eau fraîche, avec le couple parfait du cinéma français composé de Pio Marmaï et… d’Anaïs Demoustier, pour une échappée belle en amoureux, la réalisatrice abandonne son actrice fétiche et ses idées pour nous livrer une adaptation du livre Arlington Park de Rachel Cusk, quelque chose de moins personnel et du coup de moins touchant.

 Les murs blancs, l’absence d’amour et le confort des vies des protagonistes n’arrangent rien à l’affaire il est vrai. Pire, le manque de psychologie est flagrant : elle cède à l’ambiance anti-bobo qui règne depuis plusieurs années pour attirer un public nombreux et déjà conquis. Ainsi, quand on lit Courrier international (journal regroupant les meilleurs articles de journaux du monde entier), on fait semblant de s’intéresser aux autres et lorsque l’on écoute Agnès Obel, on est dans la caricature de gens qui entendent sans écouter et qui aiment le calme, la douceur et l’organisation des pays nordiques. Mais alors que font ces musiques mielleuses à habiller le film de la sorte ? Notre réalisatrice serait-elle une des bobos qu’elle critique ?

 Ensuite, elle cède à un féminisme aveugle, faux et presque réel tant il est à la mode, tant il est devenu commun. Le monde serait comme il est aujourd’hui à cause des hommes, comme si les femmes n’existaient que depuis cinquante ans, n’avaient jamais dirigé d’entreprise (Laurence Parisot) ou de pays (Margaret Thatcher) et n’étaient responsables en rien dans l’éducation de nos futurs petits machistes (les mamas italiennes, entre autres). Quand Emmanuelle Devos, ici un peu bridée dans sa liberté habituelle, crache les répliques les plus fameuses du film au visage de son mari, elle commet aussi une grosse erreur qui dessert le féminisme, qui correspond plus à une page de Femme actuelle, et enferme donc son sexe dans un déplaisir amoureux, sexuel qui serait partie intégrante.

 En clair, les hommes sont stupides et les femmes mariées avec eux. Heureusement, le sarcasme est employé à bon escient et le principe du beauf présent dans chaque scène fonctionne à plein. On peut y voir une critique des médias, qui affolent la masse, de la police, dont les voitures omniprésentes rajoutent à la psychose ainsi qu’une satire tout (trop ?) en finesse de la société de consommation de par les noms affectueux, romantiques ou « authentiques » donnés à des espaces commerciaux et de par des « Libérez-vous » écrits un peu partout sur des pancartes, des prospectus.

 On remarquera la belle ouverture au retour à la vie des personnages, qui sortent de leur cocon à la seule occasion du contact avec la mort. La réalisatrice se montre ici habile : après nous avoir plongés dans le formol, peu de gens se redresseront sur leur siège et seront ainsi renvoyés à leur indifférence. Enfin, des détails très agréables sont à soulever : les personnages interchangeables se trompent de veste car ils ont exactement la même et, dans la même scène, le parallèle entre l’homme qui appelle sa femme et celui qui appelle son chien est assez convaincant.

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