[Critique] « Keep smiling » de Rusudan Chkonia

28 oct

 

[Critique]

Pas une blonde, tu parles d’une diversité !

 

 Malgré son titre anglais et son financement franco-luxembourgeois, le film reste géorgien. Rusudan Chkonia réussit à mêler une critique tous azimuts de son pays à un divertissement de tous les instants grâce à un rythme effréné. Critique du poids des habitudes machistes, patriarcales et brutales qui pèsent sur sa société, sont-elles héritées de l’Union Soviétique ou ramenées par le capitalisme pseudo-libérateur.

 Et pourtant, ça pourrait se passer n’importe où. Hormis un vieux portrait de Lénine remisé à la cave, tout un symbole, les banlieues et les rues pourraient être celles de Naples, Séville ou Moscou et le repli identitaire dont se drapent les candides candidates pourrait être celui de la France ou de la Grèce.

 Les candidates sont celles d’une télé-réalité, ce fléau qui dépasse toutes les frontières. Ici, il faut être la meilleure maman de Géorgie – comme si une simple femme pouvait surpasser la mère patrie – et le casting vaut sacrément le coup. Il est si exceptionnel, caractériel et varié qu’il serait impossible à retrouver dans une émission dont le but serait la séduction du plus grand nombre.

 On en ressort très attaché à Elene, ma préférée, une réfugiée abkhaze (et vraiment réfugiée en France) censée représenter sa minorité mais rebelle jusqu’au bout des ongles. Elle a choisi le rôle qu’elle voulait jouer d’après son vécu : on tient peut-être là une piste vers une interprétation plus habitée, plutôt qu’un grand acteur qui avec beaucoup de maquillage et de vanité pourrait tout jouer. On repense souvent à la sculpture vivante qu’est Baya, qui attise notre regard, qui constitue à elle seule une motivation à se déplacer pour le public moyen. Gvantsa joue du violon, se moque de l’hymne national qu’elle semble à peine connaître, endort l’enfant du voisin à travers le mur et c’est la cloison entre elle et sa voisine qui saute. Son insoumission jusque dans sa sexualité nous donne un espoir fou en l’être humain.

 Le violon, la beauté insolente ou même gauche, le concours de la meilleure cuisinière et la sensualité de ces femmes mettent nos cinq sens dans tous les sens, et l’on se sent avec elles dans cette savoureuse épreuve.

 Le public, c’est nous. De cinéma, de télé-réalité, et l’on ne le voit jamais au long du film, comme pour nous signifier que nous sommes tous fautifs. On pense au traitement différent de Matteo Garrone dans Reality faisant justement preuve d’empathie envers le public, lui.

 Comment parler de réalité augmentée après ce film ? Rien ne vaut le vrai.

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