[Critique] « Tirez la langue, mademoiselle » d’Axelle Ropert

19 oct

 

[Critique]

« C’est pas parce ce que tu m’as piqué mon écharpe que je vais t’aimer plus ! ».

 

 Ça se veut charmant mais ça manque de tendresse, peut-être par excès de pudeur – chose louable – ou par maladresse. Sous couvert d’authenticité, les comédiens Cédric Kahn, Louise Bourgoin et Laurent Stocker, omniprésents tant aucun personnage secondaire n’a d’importance, sont invités à ne pas spécialement articuler pour faire plus vie de tous les jours, à ne vivre que des situations banales, à marcher inexorablement côte à côte ou à tomber amoureux sans emballement et sans histoire.

 C’est souvent mignon malgré tout – Louise Bourgoin, en égérie effacée, y joue sans doute son meilleur rôle – mais très potache, plein de sentiments et de dialogues réels mais mous, comme si les deux médecins ne pouvaient s’empêcher de s’enquérir de la santé des personnes en dehors de leur travail.

 Le film a ses petits mérites : il montre que l’on peut faire de la médecine humaine, basée sur l’écoute et pas seulement sur le profit, puisqu’au lieu de multiplier les consultations, ils les divisent par deux : ils sont tous les deux assis derrière le même bureau. Un concept semble-t-il dépassé, et l’on se demande quelquefois à quelle époque on se situe. L’éthique qui habite les deux frères au-delà de la pratique de leur métier est admirable. Ils ont une force tranquille que l’on ressent nous-mêmes, ils sont bons, amis et ils se suffisent presque l’un à l’autre, célibataires et ne se cachant rien. Il montre aussi un arrondissement de Paris – le quartier Tolbiac – avec ses contradictions et son métissage, ses restaurants chinois et ses espaces de béton.

 Ce qui est sûr, c’est que ce que l’on voit ici est à rebours de presque tous les autres films. Le rythme est lent et il y a très peu d’humour, aucune dispute, pas de situation cocasse et la bande son est pratiquement inexistante. Est-ce que l’amour peut ne provoquer aucune vague ? Peut-être dans l’esprit de la cinéaste, mais c’est difficile à croire.

 Il faut être très en forme pour aller voir Tirez la langue, mademoiselle, sous peine de manquer quelques scènes attachantes, et ce ne sont pas les voix des acteurs qui vous extirperont de votre torpeur. Néanmoins, on sent chez Axelle Ropert une mélancolie fine, une gentillesse qui l’emmènera sans doute à faire de plus jolis films.

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