[Critique] « La tour de guet » de Pelin Esmer

28 sept

 

[Critique]

« Ah non, un barbu dans un film, non merci ! » dit la France qui se prépare à voter.

 

 Il y a quelque chose de commun à beaucoup de films turcs : une manière de prendre son temps afin de faire ressentir une sérénité chez un spectateur qui devient plus contemplatif que voyeur. Comme si nous étions témoins d’une scène, cachés derrière un arbre, seulement pour mettre la nature au premier plan, au propre comme au figuré.

 Pelin Esmer, après Les collections de Mithat Bey, un premier film lent, attachant à l’extrême et très original, est de la même veine qu’un Nuri Bilge Ceylan, parce qu’elle dénonce avec la même finesse les contradictions de ses compatriotes comme ce machisme ambiant, larvé - ce que Farhadi fait à merveille en Iran, pays voisin, comme par hasard - ou qu’un Kaplanoğlu, pour son rapport à la nature.

 Ici, elle suit une jeune femme d’une beauté à la fois frappante et discrète, différente, avec une telle compassion que l’on dirait qu’elle expose sa propre histoire. C’est sans doute cela que l’on appelle croire en son cinéma.

 Comme la société turque, le film connaît des soubresauts, bascule et évolue. Dans ces moments-là, les vérités éclatent comme l’orage, la foudre, et les acteurs se révèlent. Et nous, on libère toute la charge émotive retenue.

 Esmer nous fait comprendre que derrière les coutumes d’hospitalité de façade, et derrière les façades décrépies, chacun vit sa vie en secret. Et ce ne sont pas les discussions impersonnelles quotidiennes qui invitent à l’épanchement.

 De mes yeux de français, ce film est turc jusqu’au bout de sa pellicule. Si le cinéma est encore une fenêtre sur le monde, il faut regarder par celle-ci. Je veux dire par là qu’il parle tellement de la société, de la culture, des mœurs et des paysages d’Anatolie que l’on ne peut occulter sa dimension documentaire. Il révèle tant de détails, ne serait-ce que dans le balayage d’une pièce à vivre, qu’il ne peut pas non plus être vu comme un film international, ou pire, mondialisé.

 Il reste à souligner une scène, entre le cauchemar et la réalité, d’un impact incroyable, qui montre que, dans l’esprit de la réalisatrice, l’homme est un animal comme les autres.

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