[Critique] « Jeune & jolie » de François Ozon

22 sept

 

[Critique]

Jeune, jolie et maigre.

 

 Le titre est inspiré d’un magazine pour adolescentes des années quatre-vingt, ce qui tombe bien car il s’agit ici de l’histoire d’une demoiselle qui couche à droite et à gauche et qui s’en fait payer. Et en plus elle n’a pas besoin d’argent, et oui messieurs-dames. « Elle n’a jamais manqué de rien » : c’est peut-être à cause de ce type de phrase conformiste que l’on décide de désobéir, de vivre sa vie parallèlement.

 Autre phrase débilisante : « Tout est plus clair » sous-entendu ici quand on paye le prix que coûte vraiment un objet, un service, une prestation, la pension que verse le papa parti à la maman, l’argent qu’il envoie à sa fille comme seul signe d’affection, comme le prix des passes.

 Ozon décide d’abandonner le volet psychologique, du moins en apparence, pour se consacrer à l’aspect visuel, comme l’illustre son choix de l’actrice Marine Vacth, plus physique que mentale, et d’imprimer son rythme lent – la traversée d’un couloir rendue agréable par la mise en scène et la voix off – et son image papier glacé caractéristiques.

 Avec des parents estampillés Mai 68, la jeune femme qui n’a jamais manqué de rien n’a donc même pas manqué de liberté. Le réalisateur multiplie les pistes plutôt que de donner une seule explication : un premier père trop absent, une rencontre fortuite à la sortie du lycée, les garçons de son âge qui sont immatures – ce que les critiques reconnus appellent sans rire la sensibilité féminine du cinéaste – et enfin la télévision, qui est sans doute l’élément le plus tangible afin d’expliquer son choix. D’ailleurs, Ozon appuie bien cet instant où ses yeux écarquillés innocents voient ce reportage qui va la faire basculer.

 Plus que la jeune femme diaphane, c’est la mise à mort de l’homme à laquelle on assiste. Cet obscur objet du désir que l’on nous donne à juger, c’est la société des hommes qui l’a enfanté. Elle répond « Si tu veux » et le film met les hommes face à eux-mêmes. Et quand elle décide pour une fois de prendre le dessus, l’homme dominateur succombe carrément. Et nous sommes le petit frère voyeur qui veut savoir ce qui arrive à sa belle grande sœur, en atteste le succès de la télé-réalité.

 Sur la prostitution, j’ai préféré Slovenian girl de Damjan Kozole, que je conseille au passage, plus réel, moins poétique mais plus instructif. Est-ce qu’Ozon l’a vu ? On retrouve ici bon nombre d’ingrédients reportés comme le viagra et les clients aux différents profils. Sur ce point d’ailleurs, Ozon est un ange. Donner aux clients des traits aussi humains est d’une candeur touchante ou stupide, au choix. Et si certains veulent du sexe, ils feraient mieux de ne pas aller voir ce film.

 Un film qui, si soigné soit-il, ne reste pas longtemps en tête, on passe simplement un bon moment avec. La faute à des maladresses comme celle-ci : son double la regarde faire l’amour alors que l’on voyait déjà qu’elle n’était pas vraiment là lors de son dépucelage. Charlotte Rampling fait une apparition en forme de clin d’œil personnel.

 Enfin, faire passer l’enfer de la prostitution pour un moment complice tarifé, ce n’est pas très malin et même un peu séducteur d’un public déjà conquis.

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