[Critique] « Une place sur la terre » de Fabienne Godet

21 sept

[Critique]

« La tête en bas c’était pas des paroles en l’air… ».

 

 

 Un film avec Poelvoorde réalisé par Fabienne Godet, ça ne s’invente pas.

 Loin du bar et des blagues potaches, l’acteur belge possède en lui une belle charge émotive et dramatique, pas anonyme du tout. Il en use ici avec parcimonie et à bon escient, même si l’alternance humour/émotion est un peu trop appuyée.

 Le monde selon Fabienne Godet est désespéré. Soit on rate sa vie professionnelle à essayer de la réussir, soit on noie son chagrin à son boulot pour oublier sa vie familiale houleuse. Sans illusion, les gens promènent leur spleen tout au long des stations de métro, et quand on est amoureux comme notre héros, on le remarque d’autant plus. À travers ses yeux, on regarde le monde après l’avoir regardé lui, dans le reflet d’une vitre.

 Puis Poelvoorde est tout rouge dans la pièce hermétique où son cœur va s’ouvrir une première fois, devant les photos de sa voisine. Il développe pour elle une tendresse secrète qui va peu à peu se révéler.

 Ils se rencontrent et c’est une belle rencontre de cinéma. Ariane Labed, que j’avais vue dans Attenberg et dans Alps, deux films qui ne valaient que de par leur originalité – c’est déjà ça, est d’une beauté photogénique. Sa mélancolie et sa pudeur se mélangent sans jamais s’exhiber, notre bouffon belge – terme affectueux ici – essaie alors de la faire sourire ou de l’entraîner avec lui, de la faire parler d’elle, de lui faire faire ses nouveaux premiers pas après la tombée du nid.

 Pour une fois, on ne parle pas d’amour ou d’amitié mais de deux êtres qui s’aident momentanément afin de mieux poursuivre, survivre, comme certains s’aideraient à ne céder à aucune tentation basse. Les thèmes et les rôles secondaires – comment traiter d’un sujet aussi difficile que la drogue dure sans en avoir l’air – sont eux aussi abordés avec finesse. Le gamin, dont Poelvoorde fait une éducation à la Renaud, est bien amusant et leur relation échappe, elle aussi, à la convention.

 Quelle idée de donner un tournant irréel et dramatique à une charmante comédie en utilisant des ficelles usées ! En sortant de la salle, après une fin totalement ratée, on se demande si l’on a bien vu et bien saisi les trois-quarts du film.

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