[Critique] « Grand central » de Rebecca Zlotowski

17 sept

[Critique]

« Promis, la prochaine fois je serai meilleur ».

 

 Après un Belle épine un peu triste et terne, Rebecca Zlotowski, ancienne élève de la FEMIS, filme sans réel point de vue, et de façon un peu trop scolaire, un milieu rural composé de caravanes improvisées, d’histoires d’amour et de combat contre la radioactivité.

 Son manque d’engagement et l’esthétisme volontaire des plans rappelle Sofia Coppola. Peut-être pense-t-elle que les situations se suffisent à elles-mêmes ? Ou alors fait-elle partie de la jeunesse dépolitisée ?

 Il y a même quelque chose d’un peu conformiste et complaisant dans le fait de choisir cette distance, un décalage mensonger jusque dans la bande-annonce, qui est pour sa part très agréable et rythmée. Ambiance que l’on ne retrouve pas globale dans le film.

 Grand central a aussi de belles qualités, notamment des seconds rôles qui n’en sont pas : Olivier Gourmet impose son physique et sa gouaille et Johan Libéreau, en idiot prolo et chambreur, ne connaît pas ses limites. La sensualité et la nudité sont joliment exposées : Léa Seydoux et la végétation sur laquelle elle s’étend, façon Kirsten Dunst dans Melancholia, sont d’un naturel et d’un luxuriant bouleversants. Et Tahar Rahim, que la réalisatrice choisit de moins exhiber physiquement, a lui beaucoup progressé, peut-être depuis son passage dans le cinéma d’Asghar Farhadi.

 Grand central, c’est une grande centrale au masculin, un milieu d’hommes – même si plusieurs femmes sont là, elles aussi contaminées, et par amour, désireuses de montrer qu’elles ont leur place – aux combinaisons spatiales près d’un cœur de réacteur, et au cœur d’artichaut.

 Et puis il y a ces longueurs, par souci de bien faire passer ses intentions, alors qu’elle y parvient très bien quand elle nous montre des insectes prisonniers dans un néon dans des toilettes. Pas besoin de nous expliquer que trop attirés par ce qui brille, ils se retrouvent piégés comme pourraient l’être des humains par une rémunération à peine supérieure à un minimum vital.

 On pardonnera à Rebecca Zlotowski, dont on sent la montée en puissance, pour peu qu’elle réussisse à mettre à l’écart toutes ces références intéressantes mais encombrantes et trop appuyées, et qu’elle s’entoure pourquoi pas de comédiens moins connus dont on attendrait moins la performance. En a-t-elle envie ?

 

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