[Critique] « Michael Kohlhaas » d’Arnaud des Pallières

30 août

 

[Critique]

Plus beau que Brad ou Georges, et sans faire de films de merde, voici Mads !

 

 Film politique par excellence. Michael Kohlhaas, un marchand qui se bat pour sa liberté d’entreprendre, est porté par Mads Mikkelsen. Sa droiture physique laisse augurer de l’honnêteté de son esprit : c’est en effet d’intégrité dont il est question.

 Ce projet est si ambitieux qu’il dépasse le réalisateur et les acteurs, et l’on revient vite sur terre tant les images sont terrestres, les situations cruelles, les combats sanglants.

 Tourné dans des Cévennes boisées et ruisselantes, ou décharnées et inquiétantes selon le sentiment qu’Arnaud des Pallières veut faire éprouver, le film profite beaucoup du cadre et la bande son est composée de bruissements d’arbres, d’eau qui coule, entrecoupée d’entrechocs d’épées et des tirs à l’arbalète. À l’écran, le dépouillement de l’endroit se marie à merveille avec les corps nus et la sensualité.

 Autant dans les costumes on évite l’écueil du film en costumes, autant les scènes violentes sont filmées en rajoutant un suspense et un spectacle pas forcément nécessaires, rapprochant ainsi du film d’action banal. Autre piège tendu par la distribution : Mads Michael Mikkohlhaas est un peu trop héros, jamais blessé, épargné à bout portant par des arquebuses menaçantes, il a même le don de prophétie.

 Les seconds rôles sont fort appréciables. En effet, voir Sergi Lopez en Don Quichotte – plutôt en Sancho Panza – parler à son cheval, Amira Casar – trop brève – en nonne ou Denis Lavant en théologien essayer de convaincre par la morale, et la religiosité, le héros têtu constitue de bons moments. Le film n’est pas taiseux, ni lent, les dialogues,  fréquents et intenses, ont été rajoutés à la version originale pour donner un aspect moins rude.

 Un peu comme dans Enfance clandestine de Benjamín Ávila, avec une dispute mémorable, le film montre sans concession la difficulté de maintenir ses positions politiques et sociales vis-à-vis des membres de sa famille. Aller jusqu’au bout, sans regarder en arrière, peut permettre de faire moins de peine à nos proches et de se retirer sans les faire souffrir inutilement.

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