[Critique] « Tel père, tel fils » d’Hirokazu Kore-eda

9 août

[Critique]

Tout le monde se tient bien droit, c’est l’instant photo, c’est sacré.

 

 Kore-eda est un malin. Il sait faire des films grand public tout en plaisant à la marge. Il raconte ici une histoire possible avec des protagonistes empreints de réussite sociale, des belles actrices bien coiffées et des acteurs expressifs.

 À la façon d’un Eran Riklis (dans Les citronniers par exemple) qui essaie de régler cinématographiquement le conflit israélo-palestinien et ses contrariétés connexes, le nippon nous montre de façon tout aussi ludique les paradoxes de sa société. Comme un miroir qui gommerait le superflu et en même temps les détails si importants, la culture d’un endroit du monde, n’importe lequel. Son film en devient limpide, trop facile, mondialisé.

 En regardant les scènes s’enchaîner, on peut même aller jusqu’à dire que Kore-eda est si populiste dans l’efficacité de ses plans (un dialogue important s’engage par exemple devant un gros rocher au milieu de l’eau, plein cadre) qu’il est le plus hollywoodien des cinéastes japonais.

 Ce qui nous plaît c’est qu’il nous prend par les sentiments, les bons, presqu’en otages. Il n’hésite pas, comme dans I wish, un de ses précédents films très réussi, à se servir de l’enfance pour émouvoir. En effet, comment ne pas aimer ces enfants naïfs, beaux et savamment turbulents ?

Comme dans Du vent dans mes mollets, la caution chérubine prend un peu trop de place, même si ces deux films restent fort attachants.

 Au-delà de ce point précis, le film ne m’a pas bouleversé, notamment à cause de son message trop universel, mais pas seulement : les familles que l’on suit sont très caricaturales et donc prévisibles, coincées dans leurs certitudes, et le vrai sujet du film, l’amour filial, parental, la transmission, la volonté de voir son enfant nous ressembler, n’est pas vraiment traité. Des pistes intéressantes sont souvent lancées mais rarement approfondies. Là encore, on peut y voir une manière d’éviter les sujets qui fâchent et qui divisent les spectateurs.

 Reste à souligner que c’est toujours agréable visuellement de regarder Air doll, I wish ou Tel père, tel fils, notamment pour leur part rêveuse, la douceur de leurs situations, que l’on sent venir certes, comme ici lors de la confrontation entre les quatre parents.

 Mais, comme l’aurait sans doute questionné Étienne Chatiliez dans son film traitant du même sujet, avec plus de verve et de tranchant, les relations père-fils sont-elles un long fleuve tranquille ?

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