[Critique] « Frances Ha » de Noah Baumbach

19 juil

[Critique]

Fantastique, extraordinaire… non, normale.

 

 « Un sommet de comédie romanesque » (Studio Ciné Live), « Superbe, touchant et drôle » (Télérama), « Magnifique, romantique et généreux » (The New York Times Magazine). Et vous, vous ne l’avez pas encore vu ? Courez-y, mais attention quand même à ne pas vous faire une entorse formidable, idyllique et mirobolante.

 Comment casser le charme d’un petit film au bon sens du terme en deux leçons ? Lui donner des qualificatifs trop élogieux et surtout peu appropriés, et dire de lui qu’il mérite, ô vertu perdue, d’être vu.

  Greta Gerwig est une actrice dont il faut se dépêcher de dire du bien, avant d’entendre des éloges de la part de gens à la mode qui ne l’ont jamais vu à l’écran, à part dans To Rome with love. Frances Ha est une jeune femme de vingt-huit ans, retenue prisonnière entre l’enfance et l’âge adulte et pourtant très libre dans son expression. Elle est Frances Ha, jusqu’au bout de ses ongles masculins. Garçon manqué, pour moi fille réussie, elle nous entraîne dans un New York contemporain, mais en noir et blanc, en hommage, paraît-il, à la Nouvelle Vague – les films de Rohmer ou de Truffaut sont pour la plupart en couleur – mais surtout pour nous indiquer subtilement que notre antihéros a du mal à comprendre qu’elle vieillit, qu’elle doit passer à la couleur. Ce qui la rend intéressante à suivre, c’est son indécision, son hésitation, à s’approprier les gens, les choses, elle ne peut vivre en couple et elle semble étrangère à toute sexualité. Ses battements de cils se font au rythme des amitiés, des amours, des emmerdes.

  Un petit film qui nous rappelle nos années fac, années galères mais qui restent en nous beaucoup plus authentiques que nos années couple ou encore nos années à suivre partout nos parents. Un moment de la vie où l’on croit que l’on sera amis pour toujours avec des personnes qui elles vont devenir adultes et où les distributeurs de billets sont infidèles, capricieux voire introuvables.  Et puis, enfin libérés du cocon familial, on a la sensation d’être en voyage perpétuel.

  Frances Ha, c’est tout ça dans un monde et un cinéma dans lesquels on doit grandir vite et où il y a toujours un aigri pour nous dire qu’il faut garder son âme d’enfant. Alors, si ce film n’est pas superbe, magnifique… il reste un bon moment à passer. Greta Gerwig, que l’on suit de très près – les personnages secondaires sont aussi très attachants mais on s’attarde peu sur eux, ce qui m’a donné comme la sensation de croiser des personnes intéressantes dans une soirée et de ne pouvoir approfondir avec elles – peut agacer par tant de désinvolture et le passage dans une certaine ville européenne, censée inspirer le romantisme dans l’esprit américain, est à double tranchant. Après tout, si le film me plaît bien, c’est aussi pour les facettes opposées, le naturel reconstitué, et quoi de plus naturel que d’avoir des défauts.

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