[Critique] « Les beaux jours » de Marion Vernoux

3 juil

 

[Critique]

Ils ne doivent pas se parler mais ils ne peuvent s’en empêcher.

 

 Je décrète que ce film est touchant, donc âme sensible, ne pas s’abstenir. 

 Non, je n’ai pas le monopole de la sensibilité, et je comprends très bien que l’on puisse ne pas rentrer dans ce film bourré – comme Fanny Ardant quand la cinéaste veut la désinhiber – de charme, comme Fanny Ardant quand elle n’est pas saoule.

 Les beaux jours, ce n’est pas exactement ce que vous croyez. Jolis mots pour dire le temps qu’il reste, le temps que l’on a enfin pour nous avant de ne plus en avoir du tout. C’est une rencontre avec des endroits : le Nord et la ville de Dunkerque, un foyer de retraités et des acteurs trop peu mis en évidence, que l’on retrouve avec joie. Si Laurent Lafitte trouve enfin un rôle à sa portée, après des prestations calamiteuses, notamment dans Les petits mouchoirs, Patrick Chesnais est parfait de simplicité, Fanny Cottençon, Jean-François Stévenin et Marie Rivière – que vive Rohmer – sont idéaux dans des rôles doux, on aimerait les côtoyer davantage et qu’ils aient même une importance et une épaisseur supplémentaires.

 Fanny Ardant a un talent immense et, à moins d’être une femme aigrie en concurrence, il est difficile de ne pas le constater. Celle qui sera pour toujours la femme d’à côté n’est pas n’importe qui. C’est presqu’une autre carrière qui s’ouvre devant elle tant sa liberté d’actrice n’a jamais semblé aussi totale. Et Marion Vernoux a su lui donner des ailes, brouiller les codes : les bien-pensants pas encore vieux sont prisonniers d’une morale retrouvée et médisent entre eux, tandis que la belle s’offre non pas une seconde jeunesse mais une vieillesse jeune, une continuité heureuse. À travers Fanny, on voit une évolution de l’amour au fil des décennies, mêlé de sexe libéré et au ton moins hypocrite qu’à une autre époque. On voit aussi un fossé d’incompréhension creusé entre les générations, illustré par son manque d’entente avec ses filles. La belle ne se prive pas de vivre l’amour contemporain sans que ça soit un vrai drame.

 Et nous, on est bercés par ce rythme qui prend son temps, par ces musiques qui nous font espérer qu’être vieux ce sera chouette.

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