[Critique] « La grande bellezza » de Paolo Sorrentino

10 juin

 

[Critique]

Le blanc est salissant mais il y a plein de pigeons dans cette ville.

 

 

 À quoi sert de vouloir prolonger l’œuvre de Fellini si l’on n’est pas Fellini ? Bien entendu, il faut une dose de prétention pour essayer de faire un bon film, surtout si l’on veut lui donner une dimension onirique, et essayer de se mesurer au meilleur. D’un autre côté, comment ne pas décevoir lorsque l’on s’attaque à un aussi grand cinéaste ?

 Sorrentino n’arrive pas à être aussi politique que Moretti, pas autant talentueux que Fellini donc et pas aussi méchant et sarcastique que le Scola de La terrasse. Tout juste peut-il concurrencer Garrone dans sa critique de l’Italie moderne, de la télé-réalité dégénérée. Il rassemble pourtant pas mal de qualités de ces autres réalisateurs italiens, comme un héritage culturel qu’il essaie de perpétuer et c’est sans doute la raison qui l’a poussé à faire un La dolce vita actualisé.

 Tout d’abord, merci à Jérôme Garcin et à Danièle Heymann, de l’émission Le masque et la plume, de nous dévoiler que Sorrentino tue X au début du film. Il ne reste qu’à déterminer s’il s’effondre parce que la vue était trop belle, seule explication donnée à ce jour dans les médias, ou à cause du spectacle désolant de la décadence italienne.

 Le titre est carrément mensonger. Peut-être que le réalisateur veut flatter ses compatriotes et leur prendre la main et leur esprit patriotique pour les emmener dans la salle. Où se trouve la grande beauté ? Pas dans les soirées mondaines, longuement montrées à l’écran pour faire passer un message de futilité et d’ennui, ni dans les amourettes ridicules et faciles, à l’inverse de La Dolce vita où la fibre affective vibrait pour les idylles entre Marcello Mastroianni et Anouk Aimée, la bien nommée, ou Anita Ekberg. Ici, les corps des femmes sont vulgaires et l’amour n’est en rien incarné. L’acteur principal, Toni Servillo, est d’ailleurs montré comme un séducteur qui ne peut ressentir les choses vraies, preuve en est qu’il s’autoproclame être destiné à la sensibilité.

 C’est cela dit magnifiquement filmé et, oui, par moments, on se dit qu’il en fait trop, qu’il se regarde filmer mais mieux vaut cet excès que son contraire. Il y a des scènes dont on se souviendra quelques mois après : la critique du recours systématique à la chirurgie esthétique ou la futilité des vieux sages ecclésiastiques polissons.

 Il y a aussi des moments ridicules, proches d’un The tree of life, avec des effets spéciaux miteux et un symbolisme très peu imagé. La fin du film est un peu accablante, on comprend le réalisateur prisonnier d’une éducation empreinte de mysticisme.

 La beauté est ailleurs et Sorrentino nous indique qu’elle n’est plus présente, qu’elle a tout simplement disparu parce que son peuple ne parvient plus à la reconnaître. L’appareil humain est le titre du livre écrit par le romain il y a quarante ans, il semble qu’il se soit depuis déréglé. La grande décadence est en marche.

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