[Critique] « Le passé » d’Asghar Farhadi

27 mai

[Critique]

Regardez les enfants, le cinéma de Farhadi est tout là-hauuuuut.

 

 Le grand réalisateur iranien est le favori de tous les bobos, et il est en même temps le plus grand faiseur de films du monde à mes yeux. Je dois être un peu bobo pour préférer la finesse à la violence.

 Je craignais le déménagement de son cinéma : troquer Taraneh Alidoosti pour Bérénice Bejo, mettre dans ses cartons les intrigues sur fond de critique de religion et de ses dérives pour les défaire remplis d’une société qu’il connaît peu, enrouler de ruban adhésif son Iran et son soleil jusque dans la couleur de sa terre et se retrouver avec un occident au paysage publicitaire avait de quoi inquiéter.

 Mais rien ne peut empêcher Farhadi de faire éclater son cinéma, son ingéniosité. Même pas Bérénice Bejo, Tahar Rahim et Mahmoud Ahmadinejad réunis. Il est l’illustration de cette maxime étrange : « Avec un rien, avant, on savait s’amuser ». Sans effet spécial, sans gros moyens techniques, l’exilé réussit à transformer ses acteurs, à les démaquiller pour nous montrer leurs failles attachantes, et parvient surtout à nous plonger dans son intrigue où l’on se retrouve souvent coincé entre deux strates de son scénario, comme porté à la limite du compréhensible afin que nos neurones travaillent tout le temps.

 Le film est un peu criard de temps en temps, on peut constater un artifice de mise en scène pour faire monter la tension chez le spectateur – ne serait-il pas encore totalement acclimaté ? Les deux acteurs principaux ne seraient-ils pas trop moyens ? Le verbe serait-il plus haut en France qu’en Iran ?

 Le passé donne corps à des personnages secondaires d’une importance folle, à des vies mêlées à l’intrigue que l’on doit imaginer.

 Farhadi ne donne pas de leçon. Il peut réussir ce film en France tandis que Ben Affleck nous inflige son Argo en Iran et en profite pour établir un rapport de force superflu, fier.

 Farhadi ne donne pas de leçon : il n’y a pas de début ni de fin, donc aucun risque de happy end. Il y a des gens qui s’adaptent à des situations difficiles, qui les vivent jusque dans leur chair, de façon universelle, prisonniers d’aucune façon de penser préétablie. Et c’est sa plus belle leçon.

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