[Critique] « La parade » de Srdjan Dragojevic

31 jan

[Critique]

Qu’est-ce que c’est que cette voiture de tapette ?

 

 Où s’arrêtent les frontières de l’imbécillité ? Tel le nuage nauséabond de Tchernobyl, la bêtise a apparemment traversé nos frontières : « Plus on va vers l’est et plus c’est difficile pour les homosexuels » disait le Mag cinéma du 19 janvier, et comme la terre est ronde, le monde entier serait ainsi homophobe. Après tout, c’est possible, car c’est dans notre belle France que des centaines de milliers de gens manifestaient contre le mariage pour tous.

 Militant et non pas militaire, La parade est un film incroyable : à raison d’une blague acide et à serbe toutes les vingt secondes, intercalées entre des phrases équivoques et des situations improbables, Srdjan Dragojevic – difficile à prononcer hein, mes amis critiques, et oui, une émission ça se prépare, à moins que se tromper sur ces patronymes-là ne fasse rire l’assemblée par avance – nous entraîne à travers toutes les patries des slaves du sud (yougoslaves) en voiturette rose bonbon, un fantastique route-film.

 Le synopsis ne révèle même pas la partie immergée de l’iceberg. Le réalisateur a profité de ses expériences de psychologue – plus le pectoral est épais plus le cœur est sensible, comprimé, prêt à s’émouvoir, de réalisateur hollywoodien – efficacité avant tout, vivacité dans l’enchaînement des plans, scènes par analogie, et a dû se sentir mis à l’écart, ce qui lui aurait donné envie de défendre une minorité, pour nous offrir une leçon ludique de cinéma serbe fait pour le monde entier.

 Populaire au possible, La parade est un film rassembleur, entre les peuples d’ex-Yougoslavie et au-delà, comme si les guerres des sexualités, des religions et des couleurs de peau ne faisaient qu’une. On aimerait rester plus longtemps encore avec nos nouveaux amis aux jolis défauts : Roko, croate au grand cœur mi-Boby Lapointe mi-Popeye, Pearl, et son féminisme masculin très sexy qui en une heure à peine remettrait le monde en place, Radmilo, le tout joufflu, Azem, et sa gueule d’aigle, Halil, et son déhanché sur des chants patriotiques…

 P.-S. : les mots cliché et caricature n’ont pas été employés une seule fois dans cet article.

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