[Éditorial] Le « vrai » cinéma

27 sept

 Soyez les bienvenus sur un blog qui sera, je l’espère, bientôt le vôtre.

 Sachez que je détiens la vérité, puisque je prétends parler du vrai cinéma ; pure provocation, bien évidemment.

 Vous ne lirez jamais ici les synopsis, les comptes-rendus minutés, de films grand public. D’une part, parce que l’intérêt pour les faits et seulement les faits est plutôt réservé aux juges et, d’autre part, parce que les films grand public – appelés ainsi non pas du fait qu’ils élèvent spirituellement mais parce que toujours très suivis, grands en argent et en réputation – ont déjà pignon sur rue.

 Une vérité, comme un bon film d’ailleurs, se doit d’être rare, précieuse, peu banale voire pas du tout.

 La majorité peut se tromper, se trompe d’ailleurs. Les gens ont-ils raison lorsqu’ils sont plus de cinquante pour cent à penser la même chose ? Peut-on avoir raison ou tort lorsque l’on parle d’un film, d’un sentiment ? Est-ce que si l’on est seul à avoir éprouvé une sensation face à une scène, elle en devient moins forte ?

 Qu’est-ce qui détourne à ce point le public des vrais films ?

 La publicité assommante des grosses machines hollywoodiennes déjà. Sur France Inter, radio pourtant plutôt vraie, il y a eu une émission estivale intitulée Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert qui ne parlait pratiquement que de films américains en les sacralisant de manière éhontée mais tout à fait usuelle. Lorsqu’ils ont abordé le cinéma d’art et d’essai, ce fut en des termes épouvantables : « Au nom de quoi un film qui ne sait pas voler devrait-il être aidé ? S’il ne sait pas voler, il ne sait pas voler ! Pourquoi l’aider ? Aux États-Unis il n’y a pas ce système d’aide ! » pouvait-on y entendre.

 Un deuxième problème majeur est qu’il y a apparemment un âge pour se permettre d’avoir des émotions et que le jeune public refuse de se tourner vers des films intéressants et ne voit pratiquement que des films dits d’action.

 Un autre souci est que si l’on aime ce que l’on aime et non pas ce qui plaît à tout le monde, on est qualifié de bobo (au sens péjoratif que leur donnent ces juges-là), on est étiqueté marginal ou montré du doigt, comme si l’on voulait se démarquer pour faire le malin, pour faire semblant d’être intelligent. Bien entendu, on ne peut pas ne pas aimer les super-héros, ils sont tellement beaux en tout. Comment peut-on préférer la vie, la souffrance, la beauté, la crudité, la vivacité du froid piquant, les visages imparfaits de gens de tout pays, l’attente, la patience, la nature, à un enchaînement d’actions, à un environnement futuriste glacé, à un héros qui ne sourit jamais, qui ne pleure jamais, restant imperturbable et immortel ?

 Que vous fassiez partie de l’écrasante majorité, que vous soyez vous-même, ou même un peu vous et un peu tout le monde à la fois, vrais ou faux originaux, venez dire ce que vous avez pensé de ce que vous avez lu ici, des films que vous avez vus là-bas, soyez les antihéros.

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